Instituer l’ininstituable

La crise des abus sexuels commis par des clercs interroge la cohérence de la théologie catholique des ministères et le risque d’épuisement institutionnel des dons de l’Esprit saint. Le pôle charismatique n’est pas extérieur à l’institution mais il est un rappel intérieur de sa propre vocation et nul ne devrait pouvoir s’en arroger la propriété ni prétendre en épuiser l’infinie diversité. Pour envisager la place des ministères pastoraux dans la communauté, il convient de tenir un paradoxe : ce qui édifie l’autorité dans l’Église est en même temps ce qui la corrige et la décentre d’elle-même. La constitution eschatologique de l’Église implique pour l’autorité une non-disponibilité radicale à la fois de son fondement et de son objet. Une telle perspective vient corriger tout régime d’eschatologie réalisée qui ne prendrait pas en charge l’historicité du rapport de l’Église à son essence.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.