L’herméneutique de Vatican II. Réflexions sur la face cachée d’un débat

En 2003, trois universités francophones joignaient leurs forces pour conduire un projet de recherche sur l’herméneutique théologique de Vatican II . La création de ce groupe interuniversitaire reposait sur la conviction que l’avenir du catholicisme se joue notamment sur l’interprétation que l’on va donner au concile. L’objectif n’était pas de définir et de promouvoir une position ni de faire école dans le domaine. Le projet reposait d’abord sur un constat : celui d’un déplacement de la recherche sur le terrain de l’herméneutique du concile. allant de paire avec une utilisation de cette dernière comme arme par ceux qui s’opposaient au concile. Plus fondamentalement, c’est la notion de tradition et de développement de la doctrine qui se trouvent en jeu dans le débat. L’étude de l’herméneutique du concile doit donc aujourd’hui conduire les théologiens à un travail en profondeur sur ces questions.

Le Cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II…

Le Cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II (11 octobre 1962) pourrait être l’occasion d’une prise de conscience collective quant à l’avenir de la tradition chrétienne au sein d’une civilisation mondialisée qui a du mal à envisager une nouvelle manière d’habiter notre globe. Nous savons bien que les célébrations anniversaires de grands événements historiques ou de « héros », culturels et politiques, sont fréquemment utilisées à des fins partisanes ou pour mieux contrôler l’interprétation d’une mémoire commune. Pourquoi le Concile échapperait-il à ces conflits d’intérêt ? On peut espérer cependant que des voix diverses se lèveront pour dénoncer toute récupération et faire apparaître le « potentiel » de créativité que garde cet événement (comme d’autres grands moments de l’histoire), que les croyants peuvent recevoir de Celui qu’ils reconnaissent comme « le maître de l’histoire ».

Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ »…

La Liturgie après Vatican II : quelles fidélités créatrices ? Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ » dans un acte public de culte, elle adresse une formidable question à la culture moderne. Cette dernière connaît en effet de nombreux rites que les sciences humaines ont largement analysés selon leurs méthodes propres (cf. Enjeux du rite dans la modernité, RSR 78 [1990], nos 3 et 4) alors que la modernité relègue la religion dans la sphère privée. Celle-ci s’étonne donc que le christianisme propose un rapport à Dieu dans un culte public. Aujourd’hui cet étonnement se transforme d’ailleurs plus fréquemment en perte de plausibilité, l’homme contemporain ayant perdu en Occident l’évidence avec laquelle il entrait autrefois dans l’univers symbolique de la tradition rituelle du christianisme. Est-il encore homo liturgicus? Une réflexion anthropologique s’avère donc nécessaire pour comprendre la nature sociale de la liturgie dans l’Église. M.-D. Chenu l’avait fait en son temps dans « Anthropologie et liturgie » (cf. Unam sanctam, no

À la recherche d’un « langage liturgique approprié »

L’auteur pose la question d’un langage liturgique apte à se situer d’une part dans la tradition de l’Église et qui corresponde, d’autre part, à la situation spécifique de la liturgie tout en respectant finalement les exigences de la liturgie émanant de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II ; celle-ci avait pour but, entre autres, la participation pleine, active et fructueuse de tous les fidèles ainsi qu’une vie chrétienne et spirituelle basée sur la liturgie. L’article montre les graves difficultés qui se posent depuis la publication de l’instruction Liturgiam authenticam pour les livres liturgiques en langues vernaculaires et développe des perspectives pour l’avenir de l’euchologie de la liturgie romaine.

La réforme liturgique de Vatican II a-t-elle fait preuve de « créativité » ? En quel sens ?

Le passage du latin aux langues vivantes après Vatican II tenait du défi, relevé par les artisans des nouveaux rituels et les traducteurs des textes bibliques et liturgiques en langue française. À travers divers exemples, il apparaît que la création de textes, la traduction et l’adaptation des rituels aux cultures et aux situations diverses, relèvent de la « créativité » à des degrés divers. Traduire, n’est-ce pas plus que traduire ? N’est-ce pas risquer une « (re) création » ? Selon le philosophe P. Ricoeur, ce défi est redoutable. Il postule de faire le deuil du travail parfait, car ne pas l’entreprendre, c’est se priver du bonheur de l’ « hospitalité langagière » par laquelle j’accueille dans ma maison la parole de l’étranger.

Réforme liturgique et église locale

L’article analyse la question de la réforme liturgique après Vatican II au niveau de l’Église locale, en tentant de définir la juste relation entre l’ordre (liturgique) et la liberté et la la possibilité de procéder à des adaptations concrètes en fonction de la situation pastorale. Le conflit autour du nouveau rituel allemand des obsèques, publié en 2009, sert d’entrée en matière. Dans un deuxième temps, l’article présente un éventail des résultats d’une enquête qualitative sur la liturgie de Carême et de Pâques, pour dresser ensuite un bilan théologique s’intéressant à la question de fond qui se tient à l’arrière-plan de tout ce débat : la condition de possibilité de penser de façon appropriée le primat de l’action de Dieu dans la liturgie, qui, seule, porte et rend possible la réponse de l’homme.

La place de la Constitution sur la liturgie dans l’herméneutique de Vatican II

En matière d’herméneutique de Vatican II, il existe une sorte de ligne de démarcation entre l’approche des liturgistes et celle des autres interprètes du corpus conciliaire. D’un côté, les exégètes de la Constitution sur la liturgie sont habituellement dépendants de la relation entre le texte même de Sacrosanctum concilium et sa mise en application dans la réforme liturgique. De l’autre côté, les travaux sur Vatican II font relativement peu de place à la Constitution sur la liturgie. En partant de ce constat, et en s’appuyant sur la recherche récente concernant l’herméneutique du Concile, l’article tente de penser une place renouvelée de la Constitution Sacrosanctum concilium dans cette recherche.

L’officinal Bolognese et Vatican II

L’Officina bolognese n’est pas à proprement parler une école théologique, même si l’Institut pour les Sciences Religieuses de Bologne reçoit souvent, surtout de la part des théologiens, la dénomination d’« école de Bologne ». En effet, on n’y enseigne pas la théologie, même si, depuis le début, des théologiens professionnels y ont œuvré. C’est simplement un lieu de recherche plurielle sur l’histoire du christianisme, conduite selon les canons actuels de la recherche historico-critique. Évidemment, dans la mesure où la réflexion théologique fait partie de la dimension historique du christianisme, elle aussi devient objet de recherche. Le terme « officina » (en français?: atelier) évoque plutôt un lieu de travail commun. L’Institut pour les Sciences Religieuses fut fondé en 1953 par Giuseppe Dossetti (1913-1996) et dirigé ensuite, à partir de 1959, par Giuseppe Alberigo (1926-2007). Dès le commencement, les chercheurs de l’Institut ont cultivé l’intérêt pour l’histoire des conciles. Le fruit le plus connu de cet intérêt est l’édition critique des décrets des conciles œcuméniques (Conciliorum Oecumenicorum

Quo Vadis ? Au sujet de l’importance du Concile Vatican II …

Cinquante ans après le début de Vatican II , la discussion intellectuelle au sujet du concile et de ses textes perdure, dans une grande diversité des approches et, avant tout, un débat contradictoire quant à son évaluation fondamentale et son importance. Dans ce cadre, se pose la question de l’évaluation des affirmations du concile Vatican II sous l’angle de lavérité enseignée et du caractère obligatoire des documents qu’il a produits. L’auteur de cet article, partie prenante du grand commentaire de Herder, a posé la question du statut du discours que portent les textes du concile. Le cinquième volume du commentaire propose ainsi une clé, en définissant le corpus des textes de Vatican II comme un « texte constitutionnel de la foi ». En tant que tel, il a un caractère magistériel obligatoire, mais reste aussi fondamentalement ouvert, tributaire de sa traduction concrète dans la praxis croyante du peuple de Dieu, de la gouvernance ecclésiale, du travail théologico-canonique, et de la formulation des règles.