{"id":19530,"date":"2025-06-03T11:55:04","date_gmt":"2025-06-03T10:55:04","guid":{"rendered":"https:\/\/dev.centtreize.com\/rsr\/?p=19530"},"modified":"2025-10-08T18:06:03","modified_gmt":"2025-10-08T17:06:03","slug":"editorial-113-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.centtreize.com\/rsr\/edito\/editorial-113-2\/","title":{"rendered":"\u00c9ditorial 113\/2"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 qui observe aujourd\u2019hui la th\u00e9ologie depuis l\u2019universit\u00e9 en raison d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour les questions religieuses dans nos soci\u00e9t\u00e9s pluralistes, il appara\u00eet souvent une production peu compatible avec les requ\u00eates de la recherche scientifique. Beaucoup de publications se contentent de mani\u00e8res de dire et de penser qui ne trouvent plus de lecteurs en dehors de quelques cercles d\u00e9j\u00e0 convaincus ou sans attente d\u2019un recul critique. On rencontre de moins en moins de th\u00e9ologiens inform\u00e9s avec s\u00e9rieux de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise, de la sociologie, pour ne rien dire des sciences et de la m\u00e9decine, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s. D\u2019autres, au rebours, font mine d\u2019avancer masqu\u00e9s sous les habits du philosophe, du sociologue ou de l\u2019historien. Mais personne ne s\u2019y trompe&nbsp;: ni les universitaires pour qui l\u2019accoutrement est trop grossier, ni ceux que satisfait un essai pour faire taire les sciences sociales. M\u00eame si l\u2019universit\u00e9 compte des pol\u00e9mistes et des militants, les chercheurs, dans leur ensemble, ne font pas leur carri\u00e8re sur un succ\u00e8s de librairie peu scrupuleux de la rigueur des m\u00e9thodes. Enfin, les documents \u00e9manant du Saint-Si\u00e8ge ou des Conf\u00e9rences \u00e9piscopales rencontrent encore moins l\u2019int\u00e9r\u00eat universitaire, sauf de ceux qui, et il en est, \u00e9tudient l\u2019\u00e9volution de la place du catholicisme. Il est vrai que ces textes poursuivent d\u2019autres buts, et s\u2019adressent \u00e0 un plus large lectorat dont il est l\u00e9gitime que des pasteurs aient le souci. Nous avons, par chance, dans l\u2019aire francophone, des sociologues et des historiens qui connaissent leur sujet, d\u2019ailleurs parfois beaucoup mieux que certains th\u00e9ologiens. On trouvera ce bilan sans doute rude. Il rend compte en bonne partie des difficult\u00e9s \u00e0 nouer un v\u00e9ritable dialogue entre th\u00e9ologie et sciences sociales. Ne chargeons pas unilat\u00e9ralement la barque. On en est aujourd\u2019hui, et sans doute \u00e0 la diff\u00e9rence du dernier tiers du vingti\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 une sorte de situation en miroir, l\u2019ignorance mutuelle dans laquelle se tiennent souvent th\u00e9ologie et sciences sociales. Mais au lieu d\u2019y voir d\u2019abord des raisons id\u00e9ologiques, les sciences sociales rejetant les th\u00e9ologiens en raison de leur foi, et ceux-ci ignorant les sciences sociales en raison de leur pr\u00e9suppos\u00e9 a-th\u00e9e&nbsp;\u2013 par m\u00e9thode&nbsp;\u2013, il faut le rappeler, ne vaut-il pas la peine de s\u2019interroger d\u2019abord sur un \u00e9cart entre ces disciplines dans le rapport aux finalit\u00e9s de la recherche, du moins telles que la con\u00e7oit l\u2019institution eccl\u00e9siale, puisque c\u2019est de ce c\u00f4t\u00e9 que les <em>RSR<\/em> se situent&nbsp;?<\/p>\n<p>Le faible \u00e9cho des publications th\u00e9ologiques dans le monde universitaire ne tient-il pas en bonne part \u00e0 ce qu\u2019elles sont somm\u00e9es de s\u2019aligner sur les exigences d\u2019une institution qui r\u00e9pond mal aux attentes universitaires&nbsp;? Certes, des th\u00e9ologiens, hommes et femmes, restent largement reconnus par les disciplines non confessantes, dans des domaines sp\u00e9cialis\u00e9s, comme l\u2019ex\u00e9g\u00e8se critique, la bio-\u00e9thique, et \u00e0 de rares et notables exceptions pr\u00e8s, la syst\u00e9matique. Le r\u00e9cent <em>Dictionnaire critique de l\u2019\u00c9glise <\/em>fait la part belle \u00e0 la collaboration d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre du Rubicon. Ce qui tranche d\u2019ailleurs avec la derni\u00e8re entreprise publi\u00e9e pourtant par les Presses Universitaires de France, en 1998, le <em>Dictionnaire critique de th\u00e9ologie<\/em>, de haute tenue et de diffusion internationale, o\u00f9 les sp\u00e9cialistes non-th\u00e9ologiens cependant sont rares, y compris dans les notices biblio- graphiques, m\u00eame pour les entr\u00e9es qui auraient pu appeler un traitement crois\u00e9. L\u2019\u00e9cart croissant entre ces disciplines tient beaucoup \u00e0 des choix institutionnels, et \u00e0 des d\u00e9cisions prises de part et d\u2019autre, mais rarement concert\u00e9es. La disparition, de plus en plus grande, des facult\u00e9s de th\u00e9ologie au sein des universit\u00e9s a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat global pour la science sacr\u00e9e. La France, mais aussi l\u2019Italie, ont peut-\u00eatre paradoxalement fait exception, alors m\u00eame que la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat en mati\u00e8re universitaire a \u00e9t\u00e9 de longue date scell\u00e9e. Jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re d\u00e9cennie du si\u00e8cle dernier, les intellectuels chr\u00e9tiens, dot\u00e9s d\u2019une solide culture th\u00e9ologique, se comptaient encore en nombre suffisant dans les rangs de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur (on pense \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des R. R\u00e9mond, J. Delumeau, ou P. Prodi et consorts en Italie). Il y eut longtemps une culture universitaire chr\u00e9tienne en France qui ne fut pas cantonn\u00e9e aux facult\u00e9s de th\u00e9ologie, catholiques, protestantes et orthodoxes. Les syst\u00e8mes \u00e9taient plus poreux qu\u2019ils ne le sont devenus, ne serait-ce que pour des raisons d\u00e9mographiques dans les rangs du christianisme. En revanche, de l\u2019un et l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des Alpes, les clercs ne se comptaient d\u00e9j\u00e0 plus que sur les doigts d\u2019une main au sein des universit\u00e9s publiques. Ce ne sont pas que les r\u00e9sistances des institutions publiques qu\u2019il faut compter pour responsables. \u00c9v\u00eaques et sup\u00e9rieurs religieux ont cess\u00e9 de consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence de clercs dans les universit\u00e9s \u00e9tait souhaitable, sauf quelques cas isol\u00e9s et finalement peu significatifs. (Les difficult\u00e9s d\u2019un Certeau \u00e0 \u00eatre recrut\u00e9 dans un \u00e9tablissement public ne valent pas mieux que le refus des facult\u00e9s de th\u00e9ologie de le compter comme un des siens, ce qui de toute fa\u00e7on correspondait bien \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance qu\u2019il entendait se pr\u00e9server). Des facult\u00e9s de th\u00e9ologie disparaissent partout en Europe, soit parce que l\u2019\u00c9glise n\u2019a plus les ressources humaines et financi\u00e8res pour les soutenir, soit parce que les facult\u00e9s d\u2019\u00c9tat qui les abritaient souhaitent d\u00e9sormais une affiliation non-confessionnelle. C\u2019est le cas en Grande- Bretagne, anglicanisme compris, en Allemagne et en Autriche. La s\u00e9cularisation de l\u2019Europe a pu jouer, mais les questions religieuses suscitant \u00e0 nouveau l\u2019int\u00e9r\u00eat, dans notre \u00e2ge post-s\u00e9culier, elles sont davantage confi\u00e9es aux sciences religieuses et aux sciences sociales du religieux au sein des universit\u00e9s publiques. La th\u00e9ologie semble \u00e9vinc\u00e9e de l\u2019\u00e9tude universitaire des questions religieuses que se pose la soci\u00e9t\u00e9. Le risque pour la th\u00e9ologie est de se replier sur un enseignement eccl\u00e9siastique qui ne vise qu\u2019\u00e0 la formation de ses acteurs, clercs et la\u00efcs. M\u00eame cette ouverture aux la\u00efcs ne va pas sans intense discussion au sein de certaines officines eccl\u00e9siales. Le Saint-Si\u00e8ge jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent n\u2019encourageait gu\u00e8re les la\u00efcs \u00e0 l\u2019obtention des dipl\u00f4mes canoniques qu\u2019il souhaitait r\u00e9server aux pr\u00eatres, cr\u00e9ant ainsi des fili\u00e8res plus courtes pour des la\u00efcs, qui, il est vrai, ont parfois peu de raison de pr\u00e9parer des dipl\u00f4mes qui ne les laissent acc\u00e9der qu\u2019\u00e0 peu de responsabilit\u00e9s. Ce sont l\u00e0, r\u00e9sum\u00e9s \u00e0 trop grands traits, quelques \u00e9l\u00e9ments de la situation dans laquelle se pose la question des rapports entre th\u00e9ologie et sciences sociales, qu\u2019il ne faut pas trop vite cantonner \u00e0 leurs dimensions \u00e9pist\u00e9mologiques et m\u00e9taphysiques. Le dossier y reviendra patiemment, tout en gardant ouvert l\u2019horizon culturel et social dans lequel ces d\u00e9bats prennent place.<\/p>\n<p>On aurait tort d\u2019oublier cependant que l\u2019espace public europ\u00e9en, pour s\u2019en tenir \u00e0 lui, r\u00e9sonne de discours th\u00e9ologiques, ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments de ces discours. Il est vrai que les d\u00e9bats universitaires, quels qu\u2019ils soient, atteignent rarement la sph\u00e8re de l\u2019opinion publique. En cela, l\u2019\u00c9glise fait peut-\u00eatre exception, tant certains de ses propos semblent scrut\u00e9s et ais\u00e9ment r\u00e9percut\u00e9s, sans doute parce qu\u2019ils tranchent avec l\u2019opinion publique. Malheureusement, le retentissement de d\u00e9clarations eccl\u00e9siales occultent la richesse du travail th\u00e9ologique, la diversit\u00e9 des positions qui s\u2019y d\u00e9battent et, en t\u00e9moignent les bulletins des <em>RSR<\/em>, l\u2019intense production de qualit\u00e9 universitaire qui continue d\u2019alimenter les biblioth\u00e8ques des facult\u00e9s de th\u00e9ologie. Pourquoi la th\u00e9ologie n\u2019arrive- t-elle plus \u00e0 passer pour une discipline digne de ce nom aux yeux de beaucoup&nbsp;? En raison d\u2019une confusion institutionnelle, dont les raisons ne tiennent pas qu\u2019au refus de donner la parole \u00e0 des voix confessantes dans la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019universit\u00e9, mais parce que la conception que l\u2019\u00c9glise se fait de la th\u00e9ologie nuit \u00e0 sa possible r\u00e9ception et \u00e0 son exercice. Telle est l\u2019hypoth\u00e8se que je voudrais ici sommairement soumettre en guise d\u2019introduction \u00e0 ces actes du colloque.<\/p>\n<p>Les \u00e9chos m\u00e9diatiques donn\u00e9s \u00e0 certaines encycliques, les prises de parole des pontifes dans les rassemblements mondiaux, pens\u00e9s entre autres pour occuper l\u2019espace public, ainsi que les conf\u00e9rences de presse en avion, contribuent \u00e0 donner de la th\u00e9ologie l\u2019id\u00e9e d\u2019une pens\u00e9e seulement assertive. Ces d\u00e9clarations moul\u00e9es sur les exigences d\u2019une communication de masse, soit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00c9glise par la voix de ses documents officiels, soit <em>urbi et orbi <\/em>en adoptant bien des moyens que mettent \u00e0 disposition les r\u00e9seaux sociaux, configurent un mode de r\u00e9ception de <em>toute <\/em>parole eccl\u00e9siale, quand elle ne vient pas simplement formater beaucoup de ses \u00e9nonc\u00e9s. La voix d\u2019en-haut de l\u2019\u00c9glise semble \u00e0 beaucoup normer tout type de discours de foi, m\u00eame universitaire. D\u2019ailleurs, quand un catholique s\u2019exprime, on se demande toujours quelle distance il prend par rapport \u00e0 la voix officielle. Peu d\u2019arguments ouverts \u00e0 d\u2019autres sources et approches, beaucoup d\u2019affirmations, f\u00fbt-ce dans des documents parfois tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9s ou \u00e9quilibr\u00e9s \u00e9manant du Saint-Si\u00e8ge. Il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que le monde universitaire r\u00e9siste \u00e0 ce mode d\u2019argumentation, auquel il est \u00e9tranger. M\u00eame si le monde universitaire g\u00e9n\u00e9ral n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 des formes de prescription, \u00e0 travers la s\u00e9lection de projets qui encouragent tels sujets ou orientations plut\u00f4t que tels autres, les universitaires tiennent \u00e0 leur libert\u00e9 de recherche, quelles qu\u2019en soient les limites effectives. On le voit \u00e0 la r\u00e9action actuelle aux mesures prises par le gouvernement Trump aux USA. Certes, les encycliques ne sont ni des&nbsp;\u00ab&nbsp;tweets&nbsp;\u00bb ni des bulles fulminant des anath\u00e8mes, mais l\u2019expression de la th\u00e9ologie a du mal \u00e0 se d\u00e9ployer hors de ce sch\u00e9ma qui a fini par convaincre beaucoup de lecteurs que la parole chr\u00e9tienne \u00e9tait monodique et la pens\u00e9e fig\u00e9e. On a beau pouvoir ais\u00e9ment objecter \u00e0 cette vision limit\u00e9e, la th\u00e9ologie est assign\u00e9e \u00e0 ce cadre de r\u00e9ception, y compris dans d\u2019autres \u00c9glises qui ont d\u00e9sormais \u00e0 faire face \u00e0 des prises de parole qui sont des coups de poing quand elles ne sont pas des spectacles. Il suffit de penser \u00e0 l\u2019environnement eccl\u00e9sial de Trump une fois encore. Pour le dire autrement, les modalit\u00e9s de la prise de parole par l\u2019autorit\u00e9 catholique supr\u00eame a forg\u00e9 un style de communication, d\u2019\u00e9nonciation, et de r\u00e9ception, en \u00c9glise dont il est difficile de s\u2019extraire. On peine \u00e0 imaginer que les catholiques ne doivent pas chanter d\u2019une seule voix l\u00e0 o\u00f9 la th\u00e9ologie se pr\u00e9sente comme un vaste orchestre symphonique au r\u00e9pertoire tr\u00e8s vari\u00e9. Parce qu\u2019il est toujours expos\u00e9 au risque de sa d\u00e9valorisation interne comme \u00e0 celui de sanctions, parfois tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9es \u00e9galement, le th\u00e9ologien tente le plus souvent d\u2019effacer toute trace de discours critique, quand bien m\u00eame il soutiendrait des th\u00e8ses discut\u00e9es ou soustraites par l\u2019autorit\u00e9 \u00e0 la possibilit\u00e9 de la discussion. Et s\u2019il assume ses d\u00e9saccords ou de nouvelles propositions, on fronce le sourcil. Les <em>RSR <\/em>sont n\u00e9es pour prot\u00e9ger la revue <em>\u00c9tudes <\/em>de sanctions possibles qui auraient alors priv\u00e9 les j\u00e9suites de tout organe d\u2019expression. Mais, comme en t\u00e9moigne le <a href=\"https:\/\/dev.centtreize.com\/rsr\/numero\/1910-tome-1-1\/\">premier \u00e9ditorial de L\u00e9once de Grandmaison<\/a>, il fallut apprendre \u00e0 \u00e9crire \u00e0 l\u2019encre sympathique, pour honorer et le magist\u00e8re et les exigences critiques du travail universitaire. Les historiens des discours politiques et religieux des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles ont appris \u00e0 d\u00e9chiffrer ces \u00e9critures comme des pratiques de dissimulation de la dissidence, mot impossible \u00e0 prononcer, puisque l\u2019autorit\u00e9 ne se voit jamais comme dic- tant la v\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9v\u00e9lation puisqu\u2019elle s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame, veut-on faire accroire. D\u2019ailleurs la sanction vient elle-m\u00eame souvent de biais, de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre plus facilement int\u00e9gr\u00e9e par les th\u00e9ologiens. Le th\u00e9ologien apprend \u00e0 se soumettre aux limites qui sont fix\u00e9es \u00e0 sa pens\u00e9e, non pas tant par les d\u00e9terminations \u00e9pist\u00e9mologiques de son champ, que par les bornes que lui fixe l\u2019autorit\u00e9 dont il d\u00e9pend et \u00e0 qui il doit promettre all\u00e9geance.<\/p>\n<p>Il faut ajouter que Jean-Paul II et Beno\u00eet XVI ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 l\u2019exigence faite aux th\u00e9ologiens depuis la seconde moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle qu\u2019ils soient en plein accord avec l\u2019expression du magist\u00e8re, \u00e0 tel point que l\u2019id\u00e9e en para\u00eet connaturelle \u00e0 l\u2019exercice de la th\u00e9ologie \u00e0 beaucoup de fid\u00e8les, n\u2019ayant pas en vue la foisonnante diversit\u00e9 d\u2019opinions d\u00e9battues dans les \u00e9coles m\u00e9di\u00e9vales et les facult\u00e9s avant l\u2019\u00e8re de la centralisation romaine, administrative et \u00e9pist\u00e9mologique. Il est urgent d\u2019ailleurs que des historiens de la th\u00e9ologie se penchent non pas sur cette histoire de la censure th\u00e9ologique, bien explor\u00e9e d\u00e9sormais, mais sur les mani\u00e8res dont s\u2019\u00e9laborent et sont diffus\u00e9s les discours th\u00e9ologiques (maisons d\u2019\u00e9dition, revues, institutions de formation). Loin d\u2019\u00e9voluer dans le ciel pur des id\u00e9es, l\u2019\u00e9criture, l\u2019enseignement de la th\u00e9ologie et sa commercialisation sont l\u2019objet de rudes querelles, aux enjeux financiers certains, pour que des courants l\u2019emportent sur d\u2019autres. Rome et Paris, pour ne citer que ces deux villes, sont des terrains o\u00f9 la th\u00e9ologie ne se fait pas qu\u2019\u00e0 raison d\u2019arguments, mais de cr\u00e9ations d\u2019instituts, de fermetures, de strat\u00e9gie financi\u00e8re, de soutien ou non \u00e0 des maisons d\u2019\u00e9dition. Cela ne constitue en rien une faiblesse, mais la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle des conditions d\u2019\u00e9laboration de la th\u00e9ologie, qui semblent la plupart du temps totale- ment \u00e9chapper \u00e0 ces acteurs, sauf \u00e0 ceux qui, en prenant ces d\u00e9cisions, savent combien ils p\u00e8sent sur l\u2019avenir des id\u00e9es.<\/p>\n<p>Prendrait-on ici la question des rapports entre th\u00e9ologie et sciences sociales par son petit c\u00f4t\u00e9&nbsp;? Non, si l\u2019on veut bien consid\u00e9rer qu\u2019il n\u2019y a pas de sciences en dehors de son lieu institutionnel ni de son contexte culturel. Or la th\u00e9ologie aujourd\u2019hui, dans l\u2019\u00c9glise catholique, voit la compr\u00e9hension de sa t\u00e2che serr\u00e9e dans un fort \u00e9tau institutionnel et dans une construction m\u00e9diatique de la culture catholique forte- ment polaris\u00e9e. Les m\u00e9dias sont loin d\u2019en \u00eatre les responsables, bien au contraire. Le catholicisme est aujourd\u2019hui structur\u00e9 autour de polarit\u00e9s qui sont celles par lesquelles les m\u00e9dias fonctionnent, et par lesquelles les opinions internes \u00e0 l\u2019\u00c9glise, comme ext\u00e9rieurement les opinions sur l\u2019\u00c9glise, s\u2019expriment. On le voit \u00e0 travers la crise des violences sexuelles dans l\u2019\u00c9glise que beaucoup tentent de r\u00e9duire \u00e0 un affrontement entre conservateurs et progressistes. On rend les mouvements conservateurs (appel\u00e9s en France dans les ann\u00e9es Lustiger&nbsp;\u00ab&nbsp;nouvelles congr\u00e9gations&nbsp;\u00bb puis&nbsp;\u00ab&nbsp;nouvelle \u00e9vang\u00e9lisation&nbsp;\u00bb) massivement coupables des abus. Ou bien alors on affirme que seuls des r\u00e9formes progressistes mettraient un terme \u00e0 ces violences et \u00e0 leur couverture par l\u2019\u00c9glise. Le simplisme est tentant, comme toujours, mais la r\u00e9alit\u00e9 veut que les ordres anciens, comme des dioc\u00e8ses peu touch\u00e9s par les&nbsp;\u00ab&nbsp;courants conservateurs&nbsp;\u00bb aient \u00e9t\u00e9 des lieux de violence et de silence aussi puissants que les autres, et que la lib\u00e9ration des m\u0153urs de 1968 ait, en r\u00e9alit\u00e9, bien peu jou\u00e9 sur des violences depuis plus longtemps install\u00e9es. L\u2019on se tromperait aussi \u00e0 croire que des avanc\u00e9es, sans doute n\u00e9cessaires, en mati\u00e8re de place faite aux femmes, de transformation des minist\u00e8res, et des relations aux clercs, mettraient un terme \u00e0 une question qui, plus on en d\u00e9couvre les ravages et l\u2019\u00e9tendue, s\u2019av\u00e8re plus complexe. Les causes sont multifactorielles, et il demeure impossible de rendre compte de ces violences uniquement par des facteurs propres \u00e0 l\u2019\u00c9glise, pas plus que ne peut \u00eatre effac\u00e9 le r\u00f4le d\u00e9vastateur d\u2019une culture catholique, et pas seulement cl\u00e9ricale, qui avait fini par admettre que l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait un dressage, avec ses&nbsp;\u00ab&nbsp;initiations sexuelles&nbsp;\u00bb, fussent-elles une violente contradiction \u00e0 la foi de l\u2019\u00c9glise. Pour en revenir \u00e0 notre dossier, ce que l\u2019on veut dire ici, c\u2019est que le magist\u00e8re, <em>nolens volens <\/em>\u2013 mais encore faudrait-il s\u2019inqui\u00e9ter aussi de ses intentions&nbsp;\u2013, a fini par \u00e9loigner la th\u00e9ologie de la r\u00e9flexion universitaire qui se penche sur les questions religieuses. Une certaine conception de la th\u00e9ologie comme devant \u00eatre soumise en tout au magist\u00e8re profite de la polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 et alimente celle de l\u2019\u00c9glise. La surench\u00e8re de certains \u00e0 prendre unilat\u00e9ralement la d\u00e9fense des souverains pontifes, pape Fran\u00e7ois compris, a confin\u00e9 une grande part de la production th\u00e9ologique \u00e0 une apolog\u00e9tique de seconde eau qui n\u2019a bien souvent pour effet que l\u2019ostracisation de tout d\u00e9bat critique. On s\u2019\u00e9tonne toutefois de voir que ceux qui r\u00e9clamaient nagu\u00e8re l\u2019enti\u00e8re soumission des esprits forts au pape se r\u00e9clament aujourd\u2019hui d\u2019une libert\u00e9 de conscience qu\u2019ils refusaient \u00e0 leurs opposants. L\u2019exigence d\u2019orthodoxie est d\u2019autant plus forte qu\u2019elle est souvent bien \u00e9lastique.<\/p>\n<p>Ce qui d\u00e9classe la th\u00e9ologie de son statut universitaire, c\u2019est que, selon les r\u00e8gles d\u2019exercice qu\u2019en d\u00e9finit pour elle l\u2019institution eccl\u00e9siale, la raison critique et la libert\u00e9 de conscience ne sont <em>de droit <\/em>pas reconnues et sont <em>de fait <\/em>largement contest\u00e9es, y compris par une partie de l\u2019opinion catholique. Les documents institutionnels ressemblent en effet trop \u00e0 des textes seulement normatifs, except\u00e9s certains des textes du pontificat de Fran\u00e7ois, ce qui contribue \u00e0 nourrir les critiques sur son pontificat. Si Vatican II a abandonn\u00e9 le langage de l\u2019anath\u00e8me, les \u00e9crits du Saint-Si\u00e8ge ont continu\u00e9 de condamner telle ou telle id\u00e9e, quitte parfois \u00e0 se forger des ennemis de papier (comme la pr\u00e9tendue&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9orie du genre&nbsp;\u00bb, propositions irr\u00e9ductibles \u00e0 une seule approche) pour s\u2019acquitter de v\u00e9ritables r\u00e9futations. Sur ce point, nombre de prises de position du pape actuel ne diff\u00e8rent pas de celles de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, rendant parfois difficile de les accorder avec le style conciliant d<em>\u2019Amoris laetitia<\/em>, <em>Laudato si\u2019, Veritatis gaudium <\/em>ou avec la d\u00e9marche synodale et la d\u00e9cision \u00e9tonnante de Fran\u00e7ois de ne pas r\u00e9diger en propre de texte pour la promulgation du document final.<\/p>\n<p>Plusieurs traits propres \u00e0 la pens\u00e9e officielle disqualifient la th\u00e9ologie aux yeux de lecteurs universitaires, entre autres leur autor\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 et le contr\u00f4le des d\u00e9bats. Le genre litt\u00e9raire des documents pontificaux a certainement \u00e9volu\u00e9 au cours du dernier si\u00e8cle, mais quelques traits en marquent la p\u00e9rennit\u00e9. \u00c0 quelques rares exceptions pr\u00e8s, ce sont des documents qui n\u2019ont pour r\u00e9f\u00e9rences que d\u2019autres documents pontificaux, \u00e0 part les \u00c9critures, les P\u00e8res et un nombre limit\u00e9 de th\u00e9ologiens, souvent r\u00e9duits \u00e0 quelques noms m\u00e9di\u00e9vaux. Tout argument doit se couler dans la continuit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dents, rendant quasi impossible la nouveaut\u00e9. Un pontife n\u2019\u00e9crit que dans la succession de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Cela conduit \u00e0 bien des artifices rh\u00e9toriques, soit quand il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 question du sujet nouvellement abord\u00e9, soit quand une d\u00e9claration prend le contrepied d\u2019une position longtemps admise. Cette autor\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 se justifie certes par la nature normative de ces textes. Il faudrait distinguer ici les diff\u00e9rents types de textes et leurs degr\u00e9s d\u2019autorit\u00e9. Comme en droit, une nouvelle d\u00e9cision s\u2019inscrit toujours dans une s\u00e9rie, m\u00eame quand celle-l\u00e0 doit amender celle-ci. La difficult\u00e9 vient plut\u00f4t de ce que c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019argumentation, y compris dans ses aspects les moins normatifs, qui fonctionne par argument d\u2019autorit\u00e9. On le sait, toute science d\u00e9pend d\u2019un corpus et de postulats auxquels elle fait r\u00e9f\u00e9rence, chaque nouvelle publication n\u2019a pas \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019ensemble de ce qui est admis. En \u00c9glise, un argument ne vaut que parce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9. Ce style argumentatif des documents pontificaux se retrouve malheureusement dans bon nombre de travaux de th\u00e9ologie. C\u2019est m\u00eame une des m\u00e9thodes recommand\u00e9es pour la construction des m\u00e9moires universitaires de th\u00e9ologie, voire exig\u00e9es dans certains \u00e9tablissements&nbsp;: doivent n\u00e9cessairement \u00eatre admis les documents du magist\u00e8re jouant comme preuves ou arguments d\u00e9cisifs. Les effets du langage officiel de l\u2019\u00c9glise sur le discours th\u00e9ologique sont doubles, \u00e0 tout le moins&nbsp;: circularit\u00e9 de la d\u00e9monstration, extinction de la singularit\u00e9 de toute recherche, puisque le r\u00e9sultat est toujours connu d\u2019avance et que compte moins l\u2019\u00e9clairage ou la discussion particuli\u00e8re que l\u2019affirmation d\u2019un consensus d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9. Plus subtilement, on a vu ces derni\u00e8res d\u00e9cennies comment certaines propositions de th\u00e9ologiens, toujours ouvertes \u00e0 la discussion et soumises \u00e0 dispute, \u00e9taient adopt\u00e9es par des documents officiels, canonisant ainsi la pens\u00e9e de certains.<\/p>\n<p>D\u2019autres auteurs s\u2019en trouvent disqualifi\u00e9s par effet retour. Les d\u00e9bats d\u2019interpr\u00e9tation de <em>Dei verbum<\/em>, utilement rendus possibles par le Concile Vatican II, comme marque d\u2019un d\u00e9bat non r\u00e9solu, ont ainsi \u00e9t\u00e9 clos, par coupe de force. Il suffisait de pr\u00e9tendre que la v\u00e9rit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e dans telle opinion, sans rappeler qu\u2019elle \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment discut\u00e9e, y compris \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des textes normatifs.<\/p>\n<p>On donnera de cette r\u00e9duction du d\u00e9bat et de l\u2019extinction du regard critique un singulier exemple, qui semblait au d\u00e9part annoncer la possibilit\u00e9 d\u2019un espace int\u00e9rieur de discussion, et qui se r\u00e9v\u00e9la, finale- ment, une confirmation de la mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e de la th\u00e9ologie par le magist\u00e8re. Le pape th\u00e9ologien Beno\u00eet XVI, \u00e0 la prose pr\u00e9cise, s\u2019\u00e9tait fait conna\u00eetre par des travaux th\u00e9ologiques de haute valeur jusqu\u2019\u00e0 la veille de son pontificat. On ne discutera pas ici de ce qui semble largement admis&nbsp;: ses positions se raidirent quant \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de Vatican II apr\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1970, sans nuire cependant \u00e0 l\u2019exigence universitaire de son travail. Tout en se montrant ouvert au dialogue et \u00e0 la recherche commune de la v\u00e9rit\u00e9, comme il en avait t\u00e9moign\u00e9 dans son dialogue avec Habermas, un an \u00e0 peine avant son \u00e9lection pontificale, le pr\u00e9fet pour la Congr\u00e9gation de la Doctrine de la Foi ne manquait jamais de rappeler \u00e0 quiconque les limites de ce qui devait se dire. C\u2019est ce que soulignait d\u00e9j\u00e0 l\u2019instruction en 1990 sign\u00e9e de Joseph Ratzinger, <em>Donum <\/em><em>veritatis<\/em>. Posture d\u00e9fensive&nbsp;: la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e doit \u00eatre d\u00e9fendue, ce qui en soi se l\u00e9gitime, mais le point de vue est toujours dans la crainte d\u2019une menace venue de l\u2019int\u00e9rieur, par concession \u00e0 des id\u00e9es ou syst\u00e8mes ext\u00e9rieurs. Plus tard, Beno\u00eet XVI, on s\u2019en souvient, s\u2019accorda de publier sous le double nom Joseph Ratzinger\/Beno\u00eet XVI trois volumes (2007-2012) pour, affirma-t-il, bien distinguer ces ouvrages de son autorit\u00e9 pontificale. De mani\u00e8re inattendue, l\u2019ancien pr\u00e9fet, peu enclin dans l\u2019exercice de cette charge \u00e0 encourager les excentricit\u00e9s, semblait, alors qu\u2019il \u00e9tait pontife, revendiquer sa voix personnelle de th\u00e9ologien. Toutefois, si la pens\u00e9e du th\u00e9ologien munichois s\u2019exprimait dans cette trilogie christologique, elle ne risquait en rien de contredire son lieu d\u2019\u00e9nonciation vaticane. Le d\u00e9doublement du nom de l\u2019auteur n\u2019autorisait en rien une voix discordante, pas m\u00eame un \u00e9cart, f\u00fbt-ce un intervalle harmonieux\u2026 Quelle belle occasion manqu\u00e9e par un th\u00e9ologien de glisser ici ou l\u00e0 des hypoth\u00e8ses, ouvertes \u00e0 la discussion, reprises \u00e0 des confr\u00e8res, Beno\u00eet s\u2019excusant par Joseph. Mais c\u2019\u00e9tait attendre en vain de Rome un autre Rousseau, et confondre le Tibre avec le L\u00e9man&nbsp;!<\/p>\n<p>Les <em>RSR <\/em>ont de longue date fait un autre choix. Tout en conservant la vis\u00e9e de la confession de foi chr\u00e9tienne dans l\u2019\u00c9glise catholique, ne faut-il pas cependant reformuler le projet \u00e9ditorial en le d\u00e9gageant d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9, sans doute n\u00e9cessaire au temps de Grandmaison&nbsp;? Ne pourrait-on pas dire que la th\u00e9ologie doit s\u2019inscrire dans une conversation scientifique qu\u2019il lui faut permettre afin d\u2019y prendre part&nbsp;? Autrement dit, il s&rsquo;agit pour le th\u00e9ologien de rendre cr\u00e9dible la v\u00e9rit\u00e9 de la foi pro- clam\u00e9e en \u00c9glise en la soumettant \u00e0 l&rsquo;examen de la raison commune et au travail critique. Il est regrettable que la diversit\u00e9 des voix propres \u00e0 la th\u00e9ologie soit aujourd\u2019hui peu perceptible non seulement au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9glise, \u00e0 l\u2019universit\u00e9, dans les m\u00e9dias, mais au sein m\u00eame de l\u2019\u00c9glise. Elle est trop souvent r\u00e9duite \u00e0 un jeu d\u2019oppositions entre conservateurs et progressistes, cat\u00e9gories socio-politiques qui sont loin de rendre compte de la vari\u00e9t\u00e9 des positions des th\u00e9ologiens, qui ne s\u2019expriment pas d\u2019abord en termes de progr\u00e8s ou de r\u00e9sistance. Sommes-nous arriv\u00e9s \u00e0 une impasse&nbsp;? Non, si l\u2019on veut consid\u00e9rer la r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9bats entre th\u00e9ologiens, pour ceux qui admettent que d\u00e9battre est possible autrement que pour viser d\u2019imposer les vues de l\u2019autorit\u00e9. L\u2019enjeu est de taille car il touche non seulement \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la foi, dans l\u2019horizon de la raison, mais \u00e0 son c\u0153ur th\u00e9ologal, \u00e0 savoir la capacit\u00e9 qu\u2019a la foi chr\u00e9tienne d\u2019\u00eatre entendue pour ce qu\u2019elle est, une <em>bonne nouvelle<\/em>, expression qui ne saurait r\u00e9duire la nouveaut\u00e9 \u00e0 du bien connu et la bont\u00e9 \u00e0 du normatif. L\u2019enjeu peut \u00eatre saisi par la comparaison entre <em>Donum veritatis <\/em>et <em>Ad <\/em><em>theologiam promovendam. Donum veritatis <\/em>(1990) assimile le dissentiment des th\u00e9ologiens envers le magist\u00e8re \u00e0 l\u2019usage du&nbsp;\u00ab&nbsp;libre examen, incompatible avec l\u2019\u00e9conomie de la R\u00e9v\u00e9lation et sa transmission en \u00c9glise&nbsp;\u00bb (\u00a738).<\/p>\n<p>L\u2019uniformit\u00e9 th\u00e9ologique exig\u00e9e tient, pr\u00e9cise le paragraphe suivant, \u00e0 un argument d\u2019autorit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n<blockquote><p>Tirant son origine de l\u2019unit\u00e9 du P\u00e8re, du Fils et de l\u2019Esprit Saint, l\u2019\u00c9glise est un myst\u00e8re de communion organis\u00e9e, selon la volont\u00e9 de son Fondateur, autour d\u2019une hi\u00e9rarchie \u00e9tablie pour le service de l\u2019\u00c9vangile et du Peuple de Dieu qui en vit. \u00c0 l\u2019image des membres de la premi\u00e8re communaut\u00e9, tous les baptis\u00e9s, avec les charismes qui leur sont propres, doivent tendre d\u2019un c\u0153ur sinc\u00e8re vers l\u2019unit\u00e9 harmonieuse de doctrine, de vie et de culte (cf. Ac 2,42). C\u2019est l\u00e0 une r\u00e8gle qui d\u00e9coule de l\u2019\u00eatre m\u00eame de l\u2019\u00c9glise. (\u00a739)<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab&nbsp;Le devoir de tendre d&rsquo;un c\u0153ur sinc\u00e8re&nbsp;\u00bb est souvent r\u00e9duit \u00e0 une n\u00e9cessaire unanimit\u00e9 avant m\u00eame tout d\u00e9bat. Suivent deux remarques que certains prennent un plaisir suspect \u00e0 rab\u00e2cher&nbsp;: on ne saurait appliquer \u00e0 l\u2019\u00c9glise des&nbsp;\u00ab&nbsp;crit\u00e8res de conduite&nbsp;\u00bb de la&nbsp;\u00ab&nbsp;soci\u00e9t\u00e9 civile&nbsp;\u00bb ou&nbsp;\u00ab&nbsp;les r\u00e8gles de fonctionnement de la d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb.&nbsp;\u00ab&nbsp;Encore moins peut-on, dans les rapports \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00c9glise, s\u2019inspirer de la mentalit\u00e9 du monde ambiant (cf. Rm 12,2)&nbsp;\u00bb. On peut regretter que ne soit pas cit\u00e9e la suite du verset de Rm 12,2. En effet, saint Paul poursuit&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;ne vous laissez pas conformer par le monde, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de l\u2019esprit en vous appliquant \u00e0 discerner la volont\u00e9 de Dieu, ce qui est bon, capable de lui plaire, ce qui est parfait&nbsp;\u00bb. Certes, on ne tirera pas d\u2019un verset paulinien toute la m\u00e9thode de la th\u00e9ologie, mais la clart\u00e9 du propos n\u2019est pas moins grande que dans la fermet\u00e9 de la position de Joseph Ratzinger. Insistons encore un peu, tant la lecture de ce verset va au rebours du geste th\u00e9ologique selon la lettre de l\u2019institution vaticane. On se contentera de souligner seulement quatre termes&nbsp;: \u03bc\u03b5\u03c4\u03b1\u03bc\u03bf\u03c1\u03c6\u03cc\u03c9&nbsp;\u2013 transformer&nbsp;; \u1f00\u03bd\u03b1\u03ba\u03b1\u03af\u03bd\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2&nbsp;\u2013 renouvellement&nbsp;; \u03b4\u03bf\u03ba\u03b9\u03bc\u03ac\u03b6\u03b5\u03b9\u03bd&nbsp;\u2013 discerner\/discriminer, et, <em>last but not least <\/em>: le sujet de tout cela&nbsp;: \u1f51\u03bc\u1fb6\u03c2&nbsp;\u2013 vous, pluriel. Paul institue comme sujet du discernement de la volont\u00e9 de Dieu en \u00c9glise non pas un singulier,&nbsp;\u00ab&nbsp;un nous pontifical de majest\u00e9&nbsp;\u00bb, mais un pluriel, un collectif qui se laisse transformer par renouvellement. Recevoir l\u2019\u00c9vangile&nbsp;\u2013 comme bonne nouvelle&nbsp;\u2013 renouvelle. L\u2019encyclique <em>Laudato si\u2019 <\/em>(2015) est en ce sens non pas seulement nouvelle en ce qu\u2019elle porte sur l\u2019\u00e9cologie, mais dans la m\u00e9thode d\u2019argumentation qu\u2019elle propose et le type de conversation que la th\u00e9ologie instaure avec d\u2019autres disciplines, \u00e0 rang d\u2019\u00e9galit\u00e9 pour ce qui concerne le d\u00e9bat, tout en adoptant, pour les croyants, un caract\u00e8re exhortatif, et non pas normatif. Pour le dire autrement, le discours th\u00e9ologique pontifical ici se d\u00e9place, tout en provenant de la chaire de saint Pierre, vers un style sapientiel et proph\u00e9tique afin de susciter des initiatives et des d\u00e9bats, plut\u00f4t que d\u2019\u00e9noncer dans un style juridique des v\u00e9rit\u00e9s qui risquent de rendre impossible toute expression ou pratique nouvelle et ainsi de couper aux croyants, et donc \u00e0 l\u2019\u00c9glise, la possibilit\u00e9 de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis nouveaux pos\u00e9s par la vie de foi et son annonce dans les situations contemporaines. <em>Laudato si\u2019 <\/em>\u00e9chappe \u00e0 la r\u00e8gle non seulement en raison du sujet trait\u00e9, l\u2019\u00e9cologie, mais du fait de la mani\u00e8re de le traiter en th\u00e9ologie, dans une conversation typique de celle que pr\u00f4ne <em>Ad theologiam promovendam <\/em>(novembre 2023) qui op\u00e8re une mutation institutionnelle de l\u2019acte th\u00e9ologique. Le Synode sur la synodalit\u00e9 (document final, octobre 2024) le montre&nbsp;: ni le magist\u00e8re ni&nbsp;\u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb th\u00e9ologie n\u2019a le dernier mot, mais chacun occupe sa place, y compris le magist\u00e8re en promulguant ce qui doit \u00eatre tenu en commun. Se fait entendre une voix propre \u00e0 la foi chr\u00e9tienne, polyphonique, qui invite chacun \u00e0 prendre la parole, selon des perspectives, des disciplines, et des engagements existentiels vari\u00e9s.<\/p>\n<p>Le colloque&nbsp;\u00ab&nbsp;Th\u00e9ologie et Sciences Sociales&nbsp;\u00bb, qui s\u2019est tenu en novembre dernier aux Facult\u00e9s Loyola Paris, et pour la conf\u00e9rence de Vincent Holzer \u00e0 l\u2019Institut catholique de Paris, comme de coutume, a r\u00e9uni th\u00e9ologiens, hommes et femmes, historiens, sociologues, et anthropologues. Tous partageaient un semblable int\u00e9r\u00eat pour les questions religieuses de notre temps, et si les comp\u00e9tences couvraient des champs vari\u00e9s de sp\u00e9cialisation, tous avaient en commun, outre le d\u00e9sir de s\u2019entendre et de d\u00e9battre, condition pr\u00e9cieuse et assez rare \u00e0 r\u00e9unir autour d\u2019un tel sujet, une v\u00e9ritable connaissance de l\u2019histoire de leur discipline. Certains articles en t\u00e9moignent, d\u2019autres la laissent simplement affleurer. De m\u00eame pour les questions \u00e9pist\u00e9mologiques de fond qui permettent la conversation scientifique et cordiale. Les actes de ce colloque sont publi\u00e9s en deux livraisons, la premi\u00e8re que l\u2019on lira ici, la seconde \u00e0 venir dans le prochain num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Trois axes structurent ce dossier&nbsp;: le premier porte sur la logique th\u00e9ologique des sciences sociales (apportant les pr\u00e9cisions n\u00e9cessaires sur le choix des termes qui a fait pr\u00e9f\u00e9rer sciences sociales \u00e0 sciences humaines), \u00e0 l\u2019origine sans doute d\u2019un conflit entre ces disciplines et d\u2019une revendication des sciences sociales, \u00e0 leur naissance, non seulement de rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne religieux mais aussi des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers lui. Mais pour inscrire cette g\u00e9n\u00e9alogie dans la dynamique des rapports avec la th\u00e9ologie, il fallait revenir sur la compr\u00e9hension que la th\u00e9ologie a d\u2019elle-m\u00eame, cela \u00e0 partir d\u2019un d\u00e9tour par l\u2019histoire de la th\u00e9ologie m\u00e9di\u00e9vale (St\u00e9phane Loiseau) ainsi que par une r\u00e9flexion syst\u00e9matique sur la mani\u00e8re dont la th\u00e9ologie peut traiter de ce qui, dans nos soci\u00e9t\u00e9s post-s\u00e9cularis\u00e9es, rel\u00e8ve de ce que nous avons en commun (Christoph Theobald). Suit une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes, comme des monographies, consacr\u00e9es \u00e0 des penseurs du religieux, appellation que chacun contesterait d\u2019ailleurs, ayant contribu\u00e9 \u00e0 rebattre profond\u00e9ment les cartes qui cloisonnaient les disciplines&nbsp;: Ortigues, Certeau, Lubac et Certeau aux <em>RSR <\/em>(Vincent Mussat, Andr\u00e9s Freijomil, et Carlos Alvarez). La le\u00e7on de ce premier axe permet d\u2019affirmer que l\u2019acte th\u00e9ologique doit toujours \u00eatre pens\u00e9 dans le temps qui est le sien. Ce second axe ainsi ouvert par- court le dossier jusque dans la discussion finale (qui sera publi\u00e9e dans le prochain num\u00e9ro). Mais il nous faut interroger ce qui constitue l\u2019acte th\u00e9ologique, on ajouterait ais\u00e9ment en soi. C\u2019est \u00e0 Vincent Holzer, th\u00e9ologien, que revient cette t\u00e2che dont il s\u2019est acquitt\u00e9 dans une <em>disputatio <\/em>philosophique. La r\u00e9partition entre th\u00e9ologie et philosophie semble s\u2019\u00eatre invers\u00e9e, en christianisme, depuis le Moyen \u00c2ge, avec le r\u00e9cent tournant ph\u00e9nom\u00e9nologique de la th\u00e9ologie. \u00c0 la diff\u00e9rence du Moyen \u00c2ge, comme le rappelle S. Loiseau, pour d\u00e9nouer les rapports entre th\u00e9ologie et philosophie aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas tant l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siale qui risque d\u2019affaiblir le discours th\u00e9ologique, mais les pr\u00e9suppos\u00e9s th\u00e9ologiques non discut\u00e9s par un discours philosophique qui d\u00e9cide d\u2019avoir en charge le discours sur Dieu en tant qu\u2019il se manifeste, laissant la th\u00e9ologie se morceler en multiples champs et pratiques. Cette philosophie n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019\u00eatre aussit\u00f4t promue par certains courants eccl\u00e9siaux, qui y ont vu la confirmation de leurs propres th\u00e8ses&nbsp;: la manifestation de Dieu ne laisse aucune place \u00e0 qui ne voit que partiellement, ne peut pas voir, ne veut pas voir. M\u00eame le croyant est r\u00e9duit \u00e0 quia&nbsp;: il ne lui reste qu\u2019\u00e0 croire. L\u2019acte th\u00e9ologique assume de coordonner en raison la R\u00e9v\u00e9lation \u00e0 un acte de foi, en tant qu\u2019acte relevant pleinement de la foi. Le tour de force de V. Holzer est de montrer selon quelle voie propre la th\u00e9ologie peut t\u00e9moigner de la v\u00e9rit\u00e9, en laissant ouverte, ou, selon le titre choisi par l\u2019auteur, irr\u00e9solue, la question du rapport aux autres disciplines, rendant possible leur dialogue. L\u2019article de Christoph Theobald propose une autre mani\u00e8re de r\u00e9soudre, pr\u00e9cis\u00e9ment, la question. Il d\u00e9place la solution m\u00e9di\u00e9vale du rapport de l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siale face \u00e0 la pluralit\u00e9 des discours th\u00e9ologiques. Pour cela, il faut en quelque sorte exhumer la voie propre \u00e0 l\u2019\u00c9glise pour exprimer la foi, qui ne soit pas&nbsp;\u00ab&nbsp;la foi de l\u2019\u00c9glise&nbsp;\u00bb, l\u2019univocit\u00e9 r\u00e9clam\u00e9e par l\u2019institution eccl\u00e9siale m\u00e9di\u00e9vale. Pour Chr. Theobald, le&nbsp;\u00ab&nbsp;style synodal de communication&nbsp;\u00bb est ce qui convient \u00e0 l\u2019acte th\u00e9ologique aujourd\u2019hui. Il articule les voix plurielles \u00e0 un&nbsp;\u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb, une ecclesia-assembl\u00e9e. Celle-ci est ainsi au service de l\u2019expression de la diversit\u00e9 en vue d\u2019un bien commun, le lien de confiance par lequel il y a \u00c9glise. Ce lien ne r\u00e9v\u00e9lerait-il pas ce qui permet \u00e0 tous de faire soci\u00e9t\u00e9, ce en quoi se retrouve pr\u00e9cis\u00e9ment le pr\u00e9suppos\u00e9 th\u00e9ologique des sciences sociales&nbsp;?<\/p>\n<p>On attend le prochain num\u00e9ro pour d\u00e9cliner le troisi\u00e8me axe,&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9ologie et sciences de la cit\u00e9&nbsp;\u00bb. Nous avons demand\u00e9 \u00e0 quatre auteurs, Fr\u00e9d\u00e9ric Gabriel, Agata Zielinski, Anne-Sophie Vivier-Muresan et Elena Di Pede, respectivement historien, philosophe, th\u00e9ologienne et anthropologue, et ex\u00e9g\u00e8te, d\u2019exposer, chacun sur un cas, comment la th\u00e9ologie s\u2019ouvre aux questions pos\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 quand elle rencontre les sciences sociales. Puis c\u2019est \u00e0 un dialogue que la sociologue C\u00e9line B\u00e9raud et Jean-Fran\u00e7ois Chiron, eccl\u00e9siologue, se livrent, croisant leur point de vue sur la question commune des minist\u00e8res et des charismes. Le col- loque se concluait par une table ronde entre les th\u00e9ologiens Pierre Gisel, Fr\u00e9d\u00e9ric-Marie Le M\u00e9haut\u00e9 et l\u2019historien des religions Philippe Portier. Prenant comme point de d\u00e9part la mise en question de la n\u00e9cessit\u00e9 ou non d\u2019un&nbsp;\u00ab&nbsp;grand r\u00e9cit&nbsp;\u00bb pour porter, ou que porteraient, th\u00e9ologie et sciences sociales, nos trois auteurs, dans des articles qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des \u00e9changes du colloque, en dressent de premi\u00e8res conclusions.<\/p>\n<p>Nous sommes reconnaissants \u00e9galement \u00e0 Alain Rauwel, Christoph Theobald et de nouveau Philippe Portier, qui avaient contribu\u00e9 au num\u00e9ro pr\u00e9paratoire, de partager leur \u00e9cho \u00e0 ce colloque qui ne se termine pas avec la publication de ses actes.<\/p>\n<p>Enfin, comme signe de la richesse du travail universitaire ex\u00e9g\u00e9tique, nous retrouverons en fin de ce volume le bulletin de Marc Rastoin, consacr\u00e9 aux synoptiques et Actes des ap\u00f4tres, et celui de Fran\u00e7ois Lestang, pour la litt\u00e9rature paulinienne.<\/p>\n<p>La r\u00e9daction des <em>RSR <\/em>travaille actuellement \u00e0 la refonte compl\u00e8te de son site internet. Nous rappelons que le site actuel est toujours disponible, et que l\u2019ensemble des num\u00e9ros est consultable en ligne en ajoutant au fonds num\u00e9ris\u00e9 par Gallica\/BNF le site CAIRN pour les ann\u00e9es les plus r\u00e9centes.<\/p>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 qui observe aujourd\u2019hui la th\u00e9ologie depuis l\u2019universit\u00e9 en raison d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour les questions religieuses dans nos soci\u00e9t\u00e9s pluralistes, il appara\u00eet souvent une production peu compatible avec les requ\u00eates de la recherche scientifique. Beaucoup de publications se contentent de mani\u00e8res de dire et de penser qui ne trouvent plus de lecteurs en dehors de quelques cercles d\u00e9j\u00e0 convaincus ou sans attente d\u2019un recul critique. On rencontre de moins en moins de th\u00e9ologiens inform\u00e9s avec s\u00e9rieux de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise, de la sociologie, pour ne rien dire des sciences et de la m\u00e9decine, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s. D\u2019autres, au rebours, font mine d\u2019avancer masqu\u00e9s sous les habits du philosophe, du sociologue ou de l\u2019historien. Mais personne ne s\u2019y trompe&nbsp;: ni les universitaires pour qui l\u2019accoutrement est trop grossier, ni ceux que satisfait un essai pour faire taire les sciences sociales. 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Beaucoup de publications se contentent de mani\u00e8res de dire et de penser qui ne trouvent plus de lecteurs en dehors de quelques cercles d\u00e9j\u00e0 convaincus ou sans attente d\u2019un recul critique. On rencontre de moins en moins de th\u00e9ologiens inform\u00e9s avec s\u00e9rieux de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise, de la sociologie, pour ne rien dire des sciences et de la m\u00e9decine, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s. D\u2019autres, au rebours, font mine d\u2019avancer masqu\u00e9s sous les habits du philosophe, du sociologue ou de l\u2019historien. Mais personne ne s\u2019y trompe&nbsp;: ni les universitaires pour qui l\u2019accoutrement est trop grossier, ni ceux que satisfait un essai pour faire taire les sciences sociales. 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