{"id":14158,"date":"2024-07-12T00:00:16","date_gmt":"2024-07-11T23:00:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-rsr.com\/?p=14158"},"modified":"2026-01-07T14:10:39","modified_gmt":"2026-01-07T13:10:39","slug":"editorial-1123","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.centtreize.com\/rsr\/billet\/editorial-1123\/","title":{"rendered":"\u00c9ditorial 112\/3"},"content":{"rendered":"<p>Encore&nbsp;?, se plaindront certains. Enfin&nbsp;!, soupireront d\u2019autres. S\u2019interroger sur les rapports entre la th\u00e9ologie et les sciences sociales ne cesse d\u2019ouvrir de nouveaux d\u00e9bats, \u00e0 moins que ce ne soit le m\u00eame qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommenc\u00e9e&nbsp;? Ce trouble pourrait bien \u00eatre le sympt\u00f4me d\u2019une ind\u00e9cision chronique de la th\u00e9ologie, du moins dans le catholicisme romain, \u00e0 prendre parti pour l\u2019historicit\u00e9 de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la th\u00e9ologie ne pourrait se d\u00e9cider quant aux relations qu\u2019elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l\u2019homme et de la soci\u00e9t\u00e9, quels que soient les qualificatifs retenus&nbsp;: sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;humaines&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fran\u00e7aise, ou sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;sociales&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019anglaise. La th\u00e9ologie ne ferait qu\u2019instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou l\u00e0 de donn\u00e9es qu\u2019elle emprunte \u00e0 la sociologie, \u00e0 l\u2019histoire ou \u00e0 l\u2019anthropologie. \u00c0 moins qu\u2019elle ne recycle certains de ses concepts. Mais au fond, rien ne ferait bouger la th\u00e9ologie, science p\u00e9renne de la v\u00e9rit\u00e9 dite une fois pour toute. Les sciences sociales n\u2019ont pourtant pas de mal \u00e0 montrer que la th\u00e9ologie s\u2019est \u00e9labor\u00e9e, et continue de le faire, dans des contextes vari\u00e9s qui ont marqu\u00e9 ses \u00e9nonc\u00e9s. Les notions d\u2019orthodoxie et d\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie n\u2019\u00e9chappent pas aux jeux de pouvoir qu\u2019instaura l\u2019\u00c9glise ni \u00e0 ceux dans lesquels elle se trouvait prise. L\u2019histoire des dogmes ne peut se r\u00e9duire au d\u00e9veloppement lin\u00e9aire d\u2019une tradition inchang\u00e9e. Les \u00e9nonc\u00e9s christologiques de Chalc\u00e9doine ont dessin\u00e9 un espace g\u00e9opolitique toujours \u00e0 vif. Les dialogues \u0153cum\u00e9niques actuels qui n\u00e9gligeraient ce donn\u00e9 tournent court.<\/p>\n<h2>Th\u00e9ologie, sciences sociales du religieux, science religieuse&nbsp;? Quelques rep\u00e8res<\/h2>\n<p>Les sciences sociales exercent sur la th\u00e9ologie un regard critique. N\u2019est-ce l\u00e0 que le geste propre aux sciences sociales de d\u00e9construire, plus ou moins inspir\u00e9 par une volont\u00e9 de nuire? On l\u2019entend parfois dire dans les sacristies, pire dans les facult\u00e9s de th\u00e9ologie, un peu perdues devant des savoirs le plus souvent ignor\u00e9s, quand ils ne sont pas tout bonnement caricatur\u00e9s. De vieille date, l\u2019institution eccl\u00e9siale a su r\u00e9unir sous un seul chef les th\u00e9ories dont elle ne voulait pas, les pr\u00e9sentant comme ennemis ligu\u00e9s contre elle. Le syndrome obsidional n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019accro\u00eetre, et si autrefois la citadelle se trouvait \u00e0 Rome, on ne compte plus les bastions qui s\u2019alignent sur les anciennes terres de mission devenues de v\u00e9ritables blocs oppos\u00e9s aux dialogues avec toute forme de savoir critique. Le nouveau limes de la d\u00e9fense de la v\u00e9rit\u00e9 catholique suit les fronts politiques les plus conservateurs. L\u2019\u00c9glise sert alors \u00e0 prot\u00e9ger des formes de culture ou des forces en pr\u00e9sence qui n\u2019ont souvent cure de la foi de l\u2019\u00c9vangile. Il faudrait \u00eatre na\u00eff pour ne pas voir que M. Trump et ses soutiens religieux n\u2019ont pas leurs semblables dans le catholicisme, m\u00eame en France.<\/p>\n<p>Les <em>RSR<\/em> ont fait un autre choix quant aux sciences sociales, et ce de longue date. Ce dossier s\u2019arr\u00eatera sur la naissance de la revue en 1910 au sein de la Compagnie de J\u00e9sus \u00e0 un moment d\u00e9licat de l\u2019histoire du&nbsp;\u00ab&nbsp;conflit des facult\u00e9s&nbsp;\u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 Alain Rauwel. L\u2019\u00c9glise \u00e9tait d\u00e9positrice de sciences eccl\u00e9siastiques et revendiquait un magist\u00e8re sur la v\u00e9rit\u00e9, dont pourtant ni la soci\u00e9t\u00e9 ni les \u00c9glises ne tenaient plus compte depuis un large si\u00e8cle. L\u2019\u00e9pist\u00e9m\u00e8 souveraine de la v\u00e9rit\u00e9 catholique n\u2019\u00e9tait plus soutenue que par un pouvoir eccl\u00e9sial d\u00e9j\u00e0 effrit\u00e9, malgr\u00e9 la restauration de ses appareils et son apparat liturgique au courant du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. En France, et dans quelques autres pays, les universit\u00e9s interdirent la th\u00e9ologie sans que pour autant les&nbsp;\u00ab&nbsp;sciences religieuses&nbsp;\u00bb en soient bannies. Apparurent alors, institutionnellement, des savoirs du religieux qui se d\u00e9claraient non th\u00e9ologiques. Une approche critique de ces nouveaux savoirs du religieux ne manque pas pourtant d\u2019interroger aujourd\u2019hui non seulement les ascendances th\u00e9ologiques des sciences sociales, en particulier de certaines \u00e9coles de sociologie, mais aussi leur impens\u00e9 th\u00e9ologique. La question viendra dans le dossier. Elle se posait au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle avec force&nbsp;: comment se situer face \u00e0 ces savoirs non th\u00e9ologiques du religieux&nbsp;? Les <em>RSR<\/em> d\u00e9cid\u00e8rent \u00e0 leur fondation de ne rien ajouter au conflit moderniste, les j\u00e9suites constatant d\u2019une part l\u2019int\u00e9r\u00eat th\u00e9ologique de ces savoirs, tout en \u00e9tant conscients du risque, eccl\u00e9sial, qu\u2019une telle reconnaissance leur faisait courir et des difficult\u00e9s, \u00e9pist\u00e9mologiques, que ces nouvelles approches soulevaient. En pratique, la revue des <em>\u00c9tudes<\/em>, fond\u00e9e en 1856 par les j\u00e9suites fran\u00e7ais, d\u00e9cida de d\u00e9tacher les questions religieuses pour les traiter dans une nouvelle publication. Les premiers articles de 1910 en donnent un aper\u00e7u: une approche historique des dogmes christologiques par Jules Lebreton, sj, tir\u00e9e d\u2019un livre \u00e0 para\u00eetre chez Beauchesne puis une \u00e9tude intitul\u00e9e&nbsp;\u00ab&nbsp;Qoran et tradition&nbsp;\u00bb, portant sur la r\u00e9daction de la vie de Mahomet, par le j\u00e9suite belge Henri Lammens, orientaliste. Ces deux articles sont suivis d\u2019une section de&nbsp;\u00ab&nbsp;notes et m\u00e9langes&nbsp;\u00bb, commen\u00e7ant par trois notes d\u2019ex\u00e9g\u00e8se philologique sur des versets ou expressions difficiles des \u00c9critures, puis des&nbsp;\u00ab&nbsp;notes d\u2019\u00e9pigraphie chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb, une autre sur Apollonius de Tyane, par le j\u00e9suite anglais Martindale, un des premiers catholiques \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 reconnus par l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford, peu port\u00e9e \u00e0 compter en ses rangs des pr\u00eatres catholiques. Suit encore une \u00e9tude de la position de Bellarmin sur la Bible de Sixte-Quint, par l\u2019historien de la Compagnie, Xavier-Marie Le Bachelet, alors r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Hastings. La premi\u00e8re livraison de la revue se concluait par des bulletins bibliographiques, dont le premier \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire compar\u00e9e des religions, annon\u00e7ant qu\u2019il porterait surtout sur les questions de m\u00e9thode. Ce bulletin commen\u00e7ait, non sans ironie, comme un contre- point aux enseignements de Loisy, qui venait l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente de prononcer sa le\u00e7on inaugurale au Coll\u00e8ge de France. Le positionnement th\u00e9orique de la revue restait cependant discret. Le liminaire, sign\u00e9 par le j\u00e9suite L\u00e9once de Grandmaison, \u00e9claire le positionnement, mais n\u2019entre pas dans le d\u00e9veloppement des th\u00e8ses de th\u00e9ologie fondamentale qu\u2019il suppose. Il lui suffit de d\u00e9clarer&nbsp;\u00ab&nbsp;son esprit d\u2019enti\u00e8re soumission aux enseignements autoris\u00e9s de l\u2019\u00c9glise, et, en m\u00eame temps, d\u2019exacte fid\u00e9lit\u00e9 aux bonnes m\u00e9thodes scientifiques&nbsp;\u00bb. Pour justifier la conciliation de la science et de la loyaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise, Grandmaison orne son manifeste des figures du j\u00e9suite Petau, \u00e9rudit philologue de la Renaissance, du mauriste Mabillon, expert en sources documentaires, et de son disciple Le Nain de Tillemont, insigne historien jans\u00e9niste des premiers temps de l\u2019\u00c9glise. La th\u00e9ologie eccl\u00e9siale n\u2019est pas l\u2019ennemie de la science, semble dire Grandmaison tant aux d\u00e9tracteurs internes de tout savoir critique qu\u2019aux \u00e9rudits la\u00efcs qui pensent que la th\u00e9ologie n\u2019a jamais fait que baigner dans l\u2019obscurantisme. Il fallait aux RSR se glisser entre la Fille a\u00een\u00e9e de l\u2019\u00c9glise intransigeante et la Nation qui se voyait \u00eatre le giron de la la\u00efcit\u00e9. Comme l\u2019\u00e9crivit le Cardinal Baudrillard, dans ses \u00e9pais carnets, plein d\u2019admiration pour le premier r\u00e9dacteur en chef des RSR&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Il h\u00e9site; il ne tranche pas&nbsp;\u00bb. Grandmaison reconnaissait, d\u00e8s le second paragraphe,&nbsp;\u00ab&nbsp;l\u2019autonomie relative et indispensable aux sciences religieuses comme aux autres&nbsp;\u00bb.&nbsp;\u00ab&nbsp;Autant que personne, nous croyons \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas brouiller les m\u00e9thodes&nbsp;\u00bb. Il poursuivait ainsi&nbsp;:\u00a0\u00ab&nbsp;Tranquilles sur le r\u00e9sultat final d\u2019investigations loyalement conduites, nous esp\u00e9rons servir \u00e0 la fois, par nos <em>Recherches<\/em>, la cause des sciences religieuses, et celle de l\u2019\u00c9glise du Christ&nbsp;\u00bb. Avec le sens de la formule propre \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration rompue \u00e0 la rh\u00e9torique, il concluait&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;En cette \u00c9glise, nous reconnaissons, selon la force du mot apostolique,&nbsp;\u201cla colonne et le soutien de la V\u00e9rit\u00e9\u201d&nbsp;\u00bb[1]. Un si\u00e8cle plus tard, Joseph Moingt, qui dirigea la revue pendant quatre d\u00e9cennies, se serait retrouv\u00e9 sans peine dans cette profession de foi. L\u2019\u00c9glise ne saurait renoncer \u00e0 la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019affrontement aux crit\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9 va jouer \u00e9norm\u00e9ment dans les ann\u00e9es qui viennent pour la cr\u00e9dibilit\u00e9 du discours de l\u2019\u00c9glise. C\u2019est une question qui, pour moi, reste toujours pr\u00e9gnante dans mes travaux th\u00e9ologiques, parce que j\u2019ai bien conscience que la th\u00e9ologie sera finalement jug\u00e9e sur son souci de la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u2013 une seule et m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 pour tous&nbsp;\u2013 plus que sur son souci de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019orthodoxie. Et s\u2019il y a conflit entre les deux, alors c\u2019est tr\u00e8s grave. Pour moi, c\u2019est toute la cr\u00e9dibilit\u00e9 du discours de l\u2019\u00c9glise qui est engag\u00e9e. Il faudrait que tous les jeunes qui font de la th\u00e9ologie s\u2019en rendent compte. Il ne faudrait pas que l\u2019on confonde la s\u00e9curit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb[2].<\/p>\n<h2>Des th\u00e9ologies dans l\u2019\u00c9glise&nbsp;? Un pluriel tr\u00e8s singulier<\/h2>\n<p>L\u2019accent critique de Moingt sonne davantage que dans le compromis de Grandmaison. Ne le fallait-il pas&nbsp;? Entre temps, il est vrai, apr\u00e8s un \u00e9puisement de la crise moderniste, la pr\u00e9paration du Concile avait permis des pas en avant, puis une r\u00e9elle ouverture de la th\u00e9ologie aux sciences humaines. Elle fut d\u00e8s l\u2019abord n\u00e9anmoins contest\u00e9e non seulement par les forces qui s\u2019organisaient alors autour de Mgr Lefebvre, mais plus efficacement encore par la coalescence de courants r\u00e9unis, d\u00e8s les ann\u00e9es 1980, autour de Henri de Lubac puis de Joseph Ratzinger, et en quelque mesure par la revue <em>Communio<\/em>. Cependant t\u00e9moignent, en francophonie, du renouvellement par les sciences humaines, l\u2019ex\u00e9g\u00e8se et surtout la christologie, et des signatures comme celles de Moingt, Beauchamp, Chauvet, Gisel, Marguerat, Theobald, W\u00e9nin, chacun prenant en r\u00e9alit\u00e9 des positions th\u00e9ologiques diff\u00e9rentes, et un rapport aux sciences humaines tout aussi diversifi\u00e9[3]. On ne saurait non plus n\u00e9gliger le mouvement d\u2019exil hors de la th\u00e9ologie qu\u2019encourag\u00e8rent les sciences humaines, dans des configurations toujours singuli\u00e8res et, parfois, irr\u00e9conciliables. Certeau, m\u00eame si des th\u00e9ologiens peuvent en revendiquer l\u2019h\u00e9ritage, quitta le sol de la th\u00e9ologie, qu\u2019il trouvait mis\u00e9rable, tout en acceptant de rester au comit\u00e9 de r\u00e9daction des RSR, non sans&nbsp;\u00ab&nbsp;inqui\u00e9ter&nbsp;\u00bb la th\u00e9ologie, comme le dit Moingt. Roustang quitta l\u2019\u00c9glise. Jossua s\u2019inventa une forme sui generis de critique litt\u00e9raire pour offrir une voie alternative \u00e0 la th\u00e9ologie, tout en demeurant un collaborateur de la Revue des Sciences Philosophiques et Th\u00e9ologiques, l\u2019a\u00een\u00e9e dominicaine de trois ans des <em>RSR<\/em>. De l\u2019apr\u00e8s-concile jusqu\u2019\u00e0 nos jours, le positionnement des th\u00e9ologiens face aux sciences humaines n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019objet de n\u00e9gociation avec les r\u00e9\u00e9valuations, loin d\u2019\u00eatre uniformes, du r\u00f4le des th\u00e9ologiens dans l\u2019\u00c9glise, d\u2019abord par le pape Jean-Paul II et son pr\u00e9fet de la foi, puis par le Pape Fran\u00e7ois. Notre dossier en traitera \u00e0 partir de l\u2019appartenance eccl\u00e9siale des th\u00e9ologiens (Christoph Theobald), mais aussi \u00e0 travers l\u2019histoire des modes selon lesquelles l\u2019\u00c9glise pense l\u2019appartenance de ses fid\u00e8les (Jean-Marie Donegani et Philippe Portier).<\/p>\n<p>Plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s la fondation des <em>RSR<\/em>, la double question du rapport de l\u2019\u00c9glise \u00e0 la pluralit\u00e9 interne des discours th\u00e9ologiques comme celui de son rapport \u00e0 la multiplicit\u00e9 des regards sur le religieux est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9solue. La subtilit\u00e9 du titre des <em>RSR,<\/em> <em>Recherches<\/em>, au pluriel, <em>de Science Religieuse<\/em>, au singulier, am\u00e9nageait pour un temps la possibilit\u00e9 d\u2019un passage entre les sciences eccl\u00e9siastiques, sous le contr\u00f4le des facult\u00e9s canoniques, et les sciences religieuses, affili\u00e9es \u00e0 des universit\u00e9s organis\u00e9es autour d\u2019un principe de neutralit\u00e9 confessionnelle. La diff\u00e9rence se jouerait-elle dans la subordination de la v\u00e9rification des r\u00e9sultats des travaux, soit \u00e0 la conformit\u00e9 \u00e0 des m\u00e9thodes et des pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e9pist\u00e9mologiques disciplinaires, soit \u00e0 l\u2019orthodoxie eccl\u00e9siale? L\u2019importance accord\u00e9e aux m\u00e9thodes dans le propos liminaire de Grandmaison le laisse penser, mais l\u2019orthodoxie est une notion en r\u00e9alit\u00e9 plus floue que l\u2019on ne le pense car bien d\u00e9pendante des moments dans lesquels l\u2019institution eccl\u00e9siale se tient[4].<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la question du rapport entre sciences sociales et th\u00e9ologie ne s\u2019est-elle pas cependant d\u00e9plac\u00e9e en raison de la transformation de nos soci\u00e9t\u00e9s&nbsp;? On peut d\u2019abord \u00e9voquer l\u2019effondrement du catholicisme et de ses institutions de savoir. Certes, en France, il existe bien toujours des facult\u00e9s de th\u00e9ologie catholique, elles ont m\u00eame vu leur nombre augmenter puis amorcer une baisse. La chute des effectifs du clerg\u00e9 parmi les \u00e9tudiants et les enseignants n\u2019est pas pour rien dans cette fragilisation de l\u2019ensemble (recrutement des corps professoraux, financement, fr\u00e9quentation). L\u2019entr\u00e9e dans la carri\u00e8re th\u00e9ologique de la\u00efcs, femmes davantage qu\u2019hommes, quand l\u2019acc\u00e8s aux dipl\u00f4mes canoniques leur est accord\u00e9, n\u2019a pas enray\u00e9 l\u2019affaiblissement des disciplines th\u00e9ologiques. Le ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut s\u2019analyser seulement en termes d\u2019effectifs ni de redistribution des r\u00f4les entre clercs et la\u00efcs quant \u00e0 l\u2019exercice de la th\u00e9ologie. Il touche profond\u00e9ment au statut de la foi et des mani\u00e8res de se reconna\u00eetre appartenir \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Mais, il faudrait surtout noter la transformation de la nature du d\u00e9bat entre sciences sociales et th\u00e9ologie.<\/p>\n<h2>Le renouveau de la question religieuse dans nos soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9cularis\u00e9es<\/h2>\n<p>Le&nbsp;\u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb n\u2019occupe plus la m\u00eame place dans nos soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, cela va de soi, mais non plus qu\u2019au tournant des ann\u00e9es 1970-1980, quand la th\u00e9ologie a tent\u00e9 d\u2019emprunter concepts et m\u00e9thodes aux sciences sociales. Certes, l\u2019anthropologie, l\u2019ethnologie et l\u2019histoire se sont toujours int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 d\u2019autres religions que le christianisme, mais elles op\u00e9raient sur d\u2019autres terrains que l\u2019Occident model\u00e9 par lui. Mais aujourd\u2019hui, traiter du&nbsp;\u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb en Occident, c\u2019est s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la reconfiguration, floue et labile, du religieux. Certes, on peut toujours traiter de ce que deviennent les communaut\u00e9s ou les individus se reconnaissant comme confessant telle foi, mais en r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame l\u2019affiliation \u00e0 une communaut\u00e9 religieuse (qu\u2019elle soit chr\u00e9tienne ou non) ne suffit pas \u00e0 d\u00e9crire les formes sociales que prend la dimension religieuse dans la vie sociale et individuelle. Le&nbsp;\u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb s\u2019est souvent exil\u00e9 hors des religions (on pr\u00e9f\u00e8re alors parfois parler de&nbsp;\u00ab&nbsp;spiritualit\u00e9s&nbsp;\u00bb, mais le terme n\u2019est pas moins ambigu et insuffisant \u00e0 d\u00e9crire les r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019il recouvre). Si, par ailleurs, l\u2019affiliation \u00e0 une communaut\u00e9 ou \u00e0 une religion institu\u00e9e reste affirm\u00e9e, elle peut tout \u00e0 fait se combiner \u00e0 des croyances, des pratiques et des modes de vie qui ne rel\u00e8vent pas du p\u00e9rim\u00e8tre de ladite religion. Les catholiques sont aujourd\u2019hui faible- ment pratiquants, peu croient en la R\u00e9surrection, beaucoup pratiquent la m\u00e9ditation de&nbsp;\u00ab&nbsp;pleine conscience&nbsp;\u00bb, et rares sont ceux qui conforment leur pratique sexuelle, m\u00eame dans le mariage h\u00e9t\u00e9rosexuel, aux prescriptions que continue d\u2019afficher le <em>Cat\u00e9chisme de l\u2019\u00c9glise catholique<\/em>. Des questions semblables pourraient se poser \u00e0 propos de la persistance, dans d\u2019autres cultures, de la polygamie pour bon nombre d\u2019hommes mari\u00e9s sacramentellement, sans parler, pour d\u2019autres encore, de l\u2019ignorance absolue de la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise quant au partage de ses richesses. Bref, non seulement les chr\u00e9tiens vivent dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le religieux est bricol\u00e9, mais la foi catholique, et parfois m\u00eame des plus fervents, n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette recomposition globalis\u00e9e du religieux. S\u2019il est \u00e9vident que ces ph\u00e9nom\u00e8nes mobilisent l\u2019attention des sciences sociales, on peut se demander ce qu\u2019en fait la th\u00e9ologie, mais on peut aussi s\u2019interroger sur la demande qui est adress\u00e9e aux th\u00e9ologiens, ou non, de se pencher sur cette reconfiguration du religieux, et par qui la question pourrait leur \u00eatre pos\u00e9e.<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie, ou les savoirs th\u00e9ologiques sont-ils qualifi\u00e9s pour traiter des transformations du religieux qui affectent non seulement les soci\u00e9t\u00e9s dans leur ensemble, mais aussi l\u2019\u00c9glise catholique de l\u2019int\u00e9rieur (notion qui pose le d\u00e9licat probl\u00e8me eccl\u00e9siologique de la d\u00e9limitation du corps eccl\u00e9sial), \u00c9glise qui se retrouve d\u00e8s lors confront\u00e9e \u00e0 une question qu\u2019elle a longtemps trait\u00e9e sous le seul mode de la condamnation pour h\u00e9r\u00e9sie, ou le d\u00e9ni de ses diff\u00e9rences internes. On d\u00e9couvre l\u00e0 un v\u00e9ritable chantier qu\u2019il faudrait m\u00e9thodiquement explorer: se tourne-t-on vers la th\u00e9ologie (les th\u00e9ologiennes et les th\u00e9ologiens) pour traiter de l\u2019\u00e9volution des formes religieuses dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines&nbsp;? Si on ne peut pas r\u00e9pondre&nbsp;\u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb trop vite&nbsp;\u2013 qu\u2019on pense par exemple aux propositions de former les imams \u00e0 l\u2019Institut Catholique de Paris, d\u00e8s les ann\u00e9es 2010, ou r\u00e9cemment \u00e0 la composition de la Commission Ind\u00e9pendante sur les Abus dans l\u2019\u00c9glise, qui, d\u00e8s sa mise en place en 2019, compta des th\u00e9ologiens dans ses rangs, les conclusions desquelles furent parfois contest\u00e9es par l\u2019institution eccl\u00e9siale par la voix de la Conf\u00e9rence \u00e9piscopale, ou de certains \u00e9v\u00eaques&nbsp;\u2013, on ne saurait pour autant conclure que la th\u00e9ologie catholique est socialement autoris\u00e9e \u00e0 traiter de cette question. Alors qu\u2019au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise contestait \u00e0 d\u2019autres le droit de s\u2019int\u00e9resser au religieux (alors compris comme domaine r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la th\u00e9ologie), il semblerait, dans un incroyable retournement, que la discussion universitaire et publique disqualifie, sinon par principe, du moins en pratique, la th\u00e9ologie de participer \u00e0 ses d\u00e9bats. Il faut signaler cependant l\u2019exception des questions \u00e9thiques&nbsp;: les comit\u00e9s d\u2019\u00e9thique comptent un certain nombre de repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes religions&nbsp;; ainsi en est-il aussi de certains d\u00e9bats parlementaires. Que la th\u00e9ologie, en particulier en France, ne soit pas consid\u00e9r\u00e9e comme une discipline universitaire n\u2019est pas nouveau, mais qu\u2019elle semble disqualifi\u00e9e dans les d\u00e9bats sur les religieux reste d\u2019une part \u00e0 \u00e9valuer, mais devrait aussi constituer une question pour la th\u00e9ologie et l\u2019\u00c9glise elle-m\u00eame, au-del\u00e0 d\u2019alimenter son ressentiment envers la soci\u00e9t\u00e9. En ce sens, la publication r\u00e9cente du <em>Dictionnaire critique de l\u2019\u00c9glise<\/em>[5] apporte un \u00e9l\u00e9ment nouveau&nbsp;: men\u00e9 selon les perspectives des sciences sociales et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019institutions universitaires fran\u00e7aises, le <em>Dictionnaire<\/em> n\u2019en a pas moins \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 en dialogue avec des th\u00e9ologiens. Mais cette remarque soul\u00e8ve une question: faire appel \u00e0 des th\u00e9ologiens, est-ce recourir \u00e0 la th\u00e9ologie, ou nouer un dialogue avec des experts, qui par leur comp\u00e9tence, mais aussi leur positionnement au sein de leur discipline, rendent possible un dialogue qui ne s\u2019entend pas d\u2019abord comme dialogue entre disciplines, mais entre confr\u00e8res travaillant aux questions religieuses? La remarque est loin d\u2019\u00eatre oiseuse, si l\u2019on se permet cette autojustification. On en lira dans le dossier les raisons sous la plume de Christoph Theobald.<\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, au fil de cette premi\u00e8re introduction, la question du rapport entre th\u00e9ologie et sciences sociales ne peut se traiter abstraitement en dehors du moment dans lequel nous sommes quant \u00e0 la red\u00e9finition du religieux dans nos soci\u00e9t\u00e9s. D\u00e8s lors, c\u2019est la d\u00e9finition m\u00eame de ce en quoi consiste la th\u00e9ologie qui est de nouveau pos\u00e9e, surtout si l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle semblait se r\u00e9server pour le&nbsp;\u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb lui est aujourd\u2019hui retir\u00e9. Quelle est la nature de l\u2019acte th\u00e9ologique? On voit bien que le jeu de mots, en apparence tout j\u00e9suite, entre le pluriel des Recherches et le singulier de&nbsp;\u00ab&nbsp;science religieuse&nbsp;\u00bb garde toute sa pertinence si le singulier signifie la qu\u00eate d\u2019une possible saisie unitaire des savoirs \u00e0 solliciter dans autant de&nbsp;\u00ab&nbsp;recherches&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<h2>Th\u00e9ologie et sciences sociales en modernit\u00e9<\/h2>\n<p>Resserrons encore la focale sur la tension entre th\u00e9ologie et sciences sociales, afin d\u2019introduire \u00e0 ce dossier qui se d\u00e9ploiera en trois temps: ce num\u00e9ro pr\u00e9paratoire, le colloque des RSR, des 14 au 16 novembre \u00e0 Paris, suivi par la publication des actes dans notre revue.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Th\u00e9ologie&nbsp;\u00bb et&nbsp;\u00ab&nbsp;sciences sociales&nbsp;\u00bb sont en tension f\u00e9conde. D\u2019une part, faire de la th\u00e9ologie aujourd\u2019hui suppose, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, de se situer \u00e0 l\u2019horizon des sciences sociales. S\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb de l\u2019acte th\u00e9ologique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0&nbsp;\u00ab&nbsp;la th\u00e9ologie&nbsp;\u00bb permet d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019illusion d\u2019une science p\u00e9renne et sans histoire, et revient \u00e0 postuler une modernit\u00e9 et une actualit\u00e9 de la th\u00e9ologie. Confronter le&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9ologis\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le champ large de l\u2019acte, aux sciences sociales implique de se pencher largement sur la gen\u00e8se de nos fa\u00e7ons de penser en faisant toute sa place \u00e0 l\u2019histoire de la th\u00e9ologie dans la construction des sciences en charge de l\u2019homme et de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u2013 sciences morales, sciences humaines, sciences sociales&nbsp;\u2013 dans leur diversit\u00e9 disciplinaire et dans leur qu\u00eate probl\u00e9matique d\u2019unit\u00e9 synth\u00e9tique. Mais, d\u2019autre part, cette tension permet de se demander dans quelle mesure la th\u00e9ologie et les sciences sociales contribuent \u00e0 faire du&nbsp;\u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb, et comment, au sein de ce commun, la th\u00e9ologie parvient \u00e0 se renouveler tout en restant fid\u00e8le \u00e0 son objet. C\u2019est en somme un point de jonction qu\u2019il s\u2019agit d\u2019interroger. Comment, en cherchant \u00e0 penser en tant que tel le Dieu de la R\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne, la th\u00e9ologie rencontre-t-elle la question du social? Comment, en sens inverse, les sciences du social pensent-elles le religieux, \u00e9tant entendu que, comme l\u2019\u00e9crivaient les premiers th\u00e9oriciens fran\u00e7ais de la sociologie (de Comte \u00e0 Durkheim), la Cit\u00e9 est affaire de&nbsp;\u00ab&nbsp;lien&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 ce lien dont la&nbsp;\u00ab&nbsp;religion&nbsp;\u00bb est \u00e9tymologiquement porteuse&nbsp;\u2013 et que la sociologie est constitutivement une&nbsp;\u00ab&nbsp;religiologie&nbsp;\u00bb difficile \u00e0 envisager historiquement hors de l\u2019ombre port\u00e9e de la th\u00e9ologie.<\/p>\n<p>La question abord\u00e9e dans le projet d\u2019ensemble que forme ce num\u00e9ro des <em>Recherches de science religieuse<\/em> et le colloque \u00e0 suivre suppose de consid\u00e9rer les deux termes&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9ologie&nbsp;\u00bb et&nbsp;\u00ab&nbsp;sciences sociales&nbsp;\u00bb en relation dynamique. En quoi la th\u00e9ologie est-elle porteuse des sciences sociales, en quoi les sciences sociales sont-elles redevables, dans leur gen\u00e8se, de la th\u00e9ologie, et, dans la logique de ces deux premi\u00e8res interrogations, en quoi th\u00e9ologie et sciences sociales sont-elles aujourd\u2019hui en situation de partage&nbsp;? En bref, doit-on penser avec Edmond Ortigues que&nbsp;\u00ab&nbsp;la th\u00e9ologie est une science sociale&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 une science sociale d\u00e9clin\u00e9e au singulier&nbsp;? Mais quid de cette singularit\u00e9? En pensant Dieu comme son objet constitutif (<em>Sache<\/em>), la th\u00e9ologie ne peut pas ne pas en venir au social comme situation dans l\u2019Histoire (<em>Lage<\/em>), ce qui suppose, en contexte \u00e9pist\u00e9mologique de modernit\u00e9 avanc\u00e9e, de s\u2019articuler \u00e0 d\u2019autres savoirs, lesquels se situent de fa\u00e7on agnostique par rapport \u00e0 la question religieuse. D\u00e8s lors, comment penser, de l\u2019int\u00e9rieur de la th\u00e9ologie, l\u2019ouverture \u00e0 des savoirs dont les analyses ne reconnaissent pas comme tels le c\u0153ur et la finalit\u00e9 de la discipline&nbsp;? En s\u2019interrogeant sur la fonction de m\u00e9diation de la th\u00e9ologie, en se demandant dans quelle mesure, dans l\u2019articulation des savoirs aujourd\u2019hui, la th\u00e9ologie peut occuper une place, ce qui suppose qu\u2019elle ait clarifi\u00e9 sa mani\u00e8re de faire place \u00e0 d\u2019autres savoirs qui sont souvent en position critique vis-\u00e0-vis d\u2019elle.<\/p>\n<h3>Une discipline incertaine jusque dans ses qualifications<\/h3>\n<p>Une part essentielle de la d\u00e9marche propos\u00e9e vise \u00e0 cerner le probl\u00e8me des incertitudes disciplinaires de la th\u00e9ologie, science de l\u2019accommodement \u00e0 l\u2019air du temps, et ce depuis les origines. La th\u00e9ologie est une discipline de sagesse bien ant\u00e9rieure au christianisme dont elle marque ensuite profond\u00e9ment l\u2019histoire[6]. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, le th\u00e9ologien est un n\u00e9cessaire <em>grammaticus<\/em>, et, depuis le XIIIe si\u00e8cle, au moment universitaire o\u00f9 la th\u00e9ologie se d\u00e9finit comme science (voire comme&nbsp;\u00ab&nbsp;reine des sciences&nbsp;\u00bb), on ne peut devenir un ma\u00eetre th\u00e9ologien qu\u2019apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par la facult\u00e9 des arts, au point qu\u2019on puisse se demander si, depuis lors, la th\u00e9ologie n\u2019est pas fondamentalement un fait universitaire, mais un fait en tension dans la mesure o\u00f9 les savoirs de l\u2019Universit\u00e9 sont divers et d\u2019une diversit\u00e9 pourvoyeuse de disputes, telles les passes d\u2019armes fr\u00e9quentes entre th\u00e9ologiens et juristes souvent oppos\u00e9s dans leurs fa\u00e7ons de concevoir les fondements et les finalit\u00e9s du magist\u00e8re de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Science d\u00e9clin\u00e9e au singulier, la th\u00e9ologie a-t-elle la facult\u00e9 synth\u00e9tique de s\u2019organiser en ensemble dans le traitement des savoirs? Et dans quels buts? La transcendance? Mais n\u2019a-t-on pas pu soutenir que la sociologie, cette discipline aux perspectives bien humaines, est en qu\u00eate de la transcendance fondatrice du social? Que la soci\u00e9t\u00e9 des sociologues (durkheimiens pour le moins) est une&nbsp;\u00ab&nbsp;sur-soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb qu\u2019on ne manque pas de comparer \u00e0 la&nbsp;\u00ab&nbsp;surnature&nbsp;\u00bb des th\u00e9ologiens7&nbsp;? Que, comme telle, elle est fond\u00e9e \u00e0 se revendiquer comme espace de synth\u00e8se, comme si, \u00e0 l\u2019instar des th\u00e9ologiens, les sociologues en qu\u00eate d\u2019horizon g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 proposer \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 n\u00e9cessitaient un&nbsp;\u00ab&nbsp;tiers&nbsp;\u00bb pour penser le commun&nbsp;\u00a0?<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie comme science synth\u00e9tique oblige \u00e0 se pencher sur la question de l\u2019architectonique aristot\u00e9lo-thomiste, c\u2019est-\u00e0-dire sur la logique des Sommes, sur l\u2019organisation interne de cette science et, au terme d\u2019\u00e9volutions souvent difficiles \u00e0 expliciter, sur les agencements disciplinaires qui permettent de parler de&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9ologie interdisciplinaire&nbsp;\u00bb et de concevoir&nbsp;\u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb th\u00e9ologie au singulier comme un syst\u00e8me d\u2019ensemble organisateur d\u2019un arbre des connaissances. Encore tard dans la modernit\u00e9 catholique, on n\u2019a pas manqu\u00e9 de croire en l\u2019aptitude de la th\u00e9ologie \u00e0 r\u00e9pondre aux demandes d\u2019une vraie totalit\u00e9, en opposant aux sciences soi-disant&nbsp;\u00ab&nbsp;humaines&nbsp;\u00bb une offre d\u2019\u00c9glise sup\u00e9rieure quand il s\u2019agit de fournir une vision globale de l\u2019homme et de l\u2019humanit\u00e98. C\u2019est poursuivre la logique ancienne qu\u2019exprimait par exemple \u00c9rasme (Complainte de la paix) quand il faisait dire \u00e0 la paix&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;\u2026 je me r\u00e9fugierai chez les savants. Les sciences, les lettres, les rendent vraiment hommes&nbsp;; la philosophie en fait des surhommes&nbsp;; la th\u00e9ologie les rend divins&nbsp;\u00bb. Mais si l\u2019offre est si totale, comment expliquer que les instruments pour saisir cette totalit\u00e9 soient si rares, que les encyclop\u00e9dies proprement th\u00e9ologiques soient devenues un genre largement d\u00e9laiss\u00e9 depuis des d\u00e9cennies (en gros depuis celle de Gerhard Ebeling, 1975[9]) et qu\u2019elles tendent \u00e0 laisser la place \u00e0 des dictionnaires qui sont en bonne partie des produits d\u2019acculturation aux sciences sociales, tel le Dictionnaire critique de th\u00e9ologie dirig\u00e9 par Jean-Yves Lacoste&nbsp;? Est-ce \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge des sciences sociales pr\u00e9vaut une logique de dispersion disciplinaire qui am\u00e8ne \u00e0 parler de la th\u00e9ologie de ceci ou de cela&nbsp;\u2013 th\u00e9ologie n\u00e9gative, th\u00e9ologie spirituelle, th\u00e9ologie politique, th\u00e9ologie de l\u2019\u00e9cologie\u2026&nbsp;\u2013 sans v\u00e9ritable pr\u00e9occupation architectonique? Faut-il voir dans la dispersion th\u00e9ologique le r\u00e9sultat d\u2019une \u00e9volution de la discipline par contamination de sciences sociales modernes d\u00e9clin\u00e9es au pluriel? Faut-il y voir, non pas au contraire, mais de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire, une \u00e9volution interne \u00e0 la th\u00e9ologie qui am\u00e8ne les th\u00e9ologiens en contexte moderne \u00e0 abandonner la r\u00e9f\u00e9rence aux Sommes et \u00e0 l\u2019architectonique dogmatique de la scolastique pour se plonger dans les profondeurs de l\u2019herm\u00e9neutique scripturaire, dans les structures de sens \u00e9tag\u00e9es, si proches au fond des aventures s\u00e9miologiques des sciences la\u00efques du langage, comme l\u2019enseigne l\u2019histoire des cheminements partag\u00e9s puis divergents de Lubac et Certeau[10]&nbsp;? Inversement, les sciences sociales au pluriel peuvent-elles se passer d\u2019unit\u00e9 synth\u00e9tique&nbsp;? N\u2019y a-t-il pas un r\u00eave inavou\u00e9 d\u2019architectonique th\u00e9ologique au c\u0153ur de l\u2019activit\u00e9 d\u2019anthropologues, d\u2019historiens, de philosophes, de sociologues fatalement en qu\u00eate de coh\u00e9rences d\u2019ensemble sur l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 moins qu\u2019ils ne limitent leurs activit\u00e9s \u00e0 de mini-probl\u00e8mes \u00e9rudits et culturalistes&nbsp;? On touche l\u00e0 \u00e0 autant de questions qu\u2019il convient de traiter dans l\u2019\u00e9volution: apr\u00e8s la l\u00e9gitimit\u00e9 des Sommes, la modernit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re des savoirs comme ouverture d\u2019un temps de l\u2019\u00e9clatement, de l\u2019accommodement n\u00e9cessaire aux aires disciplinaires d\u00e9termin\u00e9es par l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement des sciences sociales, lesquelles n\u2019en conservent pas moins quelque chose de la qu\u00eate d\u2019un savoir d\u2019ensemble, de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un grand r\u00e9cit commun.<\/p>\n<h3>Th\u00e9ologie et question des savoirs<\/h3>\n<p>Th\u00e9ologie <em>et<\/em> sciences sociales. Le&nbsp;\u00ab&nbsp;et&nbsp;\u00bb qui permet d\u2019examiner la th\u00e9ologie en regard des sciences sociales, et inversement, suppose de se placer sur le terrain des rapports entre th\u00e9ologie et sciences sociales&nbsp;: rapports de confrontation assum\u00e9s ou rapports d\u2019inconnaissance&nbsp;?<\/p>\n<p>L\u2019examen se r\u00e9f\u00e8re pour commencer \u00e0 ce que Kant a pu qualifier de&nbsp;\u00ab&nbsp;conflit des facult\u00e9s&nbsp;\u00bb.&nbsp;\u00ab&nbsp;Facult\u00e9s&nbsp;\u00bb est \u00e0 entendre dans les deux sens du terme: la facult\u00e9 qui doit \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 chaque homme de penser en conscience, mais aussi les dispositifs institutionnels qui encadrent les libert\u00e9s de penser et de d\u00e9battre. En r\u00e9ponse aux remontrances qui lui ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es apr\u00e8s la publication de <em>La religion dans les limites de la raison<\/em> (1793), Kant compose un petit trait\u00e9, <em>Le Conflit des facult\u00e9s<\/em> (1798), dans lequel il discute des rapports entre&nbsp;\u00ab&nbsp;facult\u00e9 inf\u00e9rieure&nbsp;\u00bb (philosophie) et&nbsp;\u00ab&nbsp;facult\u00e9s sup\u00e9rieures&nbsp;\u00bb (th\u00e9ologie, droit et m\u00e9decine), revendiquant une s\u00e9paration des sph\u00e8res telle que les philosophes puissent participer au d\u00e9bat public pour expliciter les v\u00e9rit\u00e9s n\u00e9cessaires au bien commun. Dans la sph\u00e8re m\u00eame de la th\u00e9ologie, il fait droit au philosophe de soumettre la religion \u00e0 la critique de la raison. Une pareille tension entre facult\u00e9s en dit long sur les reclassements \u00e9pist\u00e9mologiques en cours \u00e0 l\u2019\u00c2ge classique, au monde des pasteurs confront\u00e9s aux philosophes \u00e0 l\u2019exemple de Luther[11], non seulement dans la distinction entre th\u00e9ologie et philosophie, mais plus largement entre th\u00e9ologie et sciences de la soci\u00e9t\u00e9 alors que commencent \u00e0 se d\u00e9finir les sciences morales anc\u00eatres de nos sciences sociales[12]. C\u2019est dans le d\u00e9ni de la toute-puissance arbitrale de la th\u00e9ologie que les sciences morales puis sociales ont pu s\u2019affirmer au fil de confrontations qui sont autant de conflits de savoirs et de pr\u00e9rogatives d\u2019autorit\u00e9&nbsp;: la condamnation de 1277, l\u2019affaire Galil\u00e9e, la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution[13]. Une lecture optimiste de l\u2019histoire moderne des sciences pourrait laisser penser qu\u2019\u00e0 force d\u2019accommodements, les oppositions sont d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9es. Mais ne reste-t-il pas chez les th\u00e9ologiens un petit fond de nostalgie d\u2019immanence pour penser, comme le faisait jadis Maritain (un&nbsp;\u00ab&nbsp;jadis&nbsp;\u00bb pas si lointain&nbsp;: 1927), que la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9glise est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie de la Cit\u00e9 et que, du coup, la th\u00e9ologie est&nbsp;\u00ab&nbsp;une science politique int\u00e9grale&nbsp;\u00bb[14]&nbsp;? Et puis que dire du mouvement inverse de retrait d\u2019un certain nombre de th\u00e9ologiens&nbsp;\u00ab&nbsp;radicaux&nbsp;\u00bb persuad\u00e9s que la mati\u00e8re chr\u00e9tienne n\u2019a pas \u00e0 s\u2019acculturer, qu\u2019elle dispose des ressources propres \u00e0 traiter les probl\u00e8mes de toujours que posent l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019elle peut, en somme, vivre hors Histoire et hors sol&nbsp;?<\/p>\n<p>Dans cette logique, on serait donc pass\u00e9 de rapports de confrontation \u00e0 des rapports d\u2019inconnaissance&nbsp;; cela de part et d\u2019autre&nbsp;: aux th\u00e9ologiens plus ou moins radicaux r\u00e9pond la tout aussi radicale inconnaissance des chercheurs tenants de sciences sociales purement la\u00efques coup\u00e9es d\u2019une histoire de la th\u00e9ologie pourtant \u00e0 la gen\u00e8se de leurs pratiques disciplinaires et des d\u00e9finitions de leur outillage conceptuel. Mais peut-on raisonnablement penser qu\u2019en un temps qui n\u2019est plus celui de l\u2019apologie et des oppositions frontales, la th\u00e9ologie pratique peut se passer des sciences sociales, que l\u2019ex\u00e9g\u00e8se ne s\u2019inscrit pas dans la probl\u00e9matique large de l\u2019herm\u00e9neutique, et que les sciences sociales peuvent faire fi du fonds conceptuel des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise et des ma\u00eetres scolastiques? N\u2019avons-nous pas, au contraire, \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire commune des sciences mise en place par le <em>Studium<\/em> universitaire au XIIIe si\u00e8cle, creuset d\u2019une modernit\u00e9 scientifique sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes dans notre approche critique des savoirs? Nous sommes ainsi condamn\u00e9s par la logique d\u2019une histoire commune du <em>Studium<\/em> \u00e0 valoriser les recoupements, voire les recouvrements th\u00e9ologie\/sciences sociales, dont on propose de traiter de trois points de vue.<\/p>\n<p>Le premier est celui de l\u2019institution, l\u2019\u00c9glise, pour le moins l\u2019\u00c9glise latine, pouvant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le paradigme de l\u2019institution. Le&nbsp;\u00ab&nbsp;croire&nbsp;\u00bb chr\u00e9tien est-il concevable hors institution&nbsp;? Les th\u00e9ologiens (\u00e0 l\u2019exemple de Rahner[15]) comme les sociologues (tel Lagroye[16]) et les juristes ont beaucoup \u00e0 dire sur la question de l\u2019affiliation et de l\u2019appartenance. En s\u2019emparant de l\u2019objet&nbsp;\u00ab&nbsp;religion&nbsp;\u00bb, la sociologie s\u2019est en quelque sorte plac\u00e9e au carrefour des sciences sociales naissantes dans une posture englobante apparent\u00e9e \u00e0 celle de la th\u00e9ologie, science principale de l\u2019architectonique scolastique longtemps en vigueur dans le monde catholique. Dans cette logique concurrentielle, la sociologie durkheimienne d\u00e9tourne en la s\u00e9cularisant la notion d\u2019\u00c9glise pour qualifier la communaut\u00e9 morale qu\u2019est la soci\u00e9t\u00e9[17]. D\u00e8s lors, s\u2019instaure autour de l\u2019\u00c9glise-soci\u00e9t\u00e9 un durable chass\u00e9-crois\u00e9 disciplinaire entre th\u00e9ologie, sociologie et droit \u00e0 fin d\u2019expliciter ce qu\u2019est le fait institu\u00e9 tout autant que le fait d\u2019instituer. Faut-il, avec la sociologie durkheimienne, d\u00e9finir l\u2019institution comme ce qui s\u2019impose sous la forme d\u2019un tout donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, soit un&nbsp;\u00ab&nbsp;ensemble d\u2019actes ou d\u2019id\u00e9es tout institu\u00e9 que les individus trouvent devant eux et qui s\u2019impose plus ou moins \u00e0 eux&nbsp;\u00bb[18]&nbsp;? Dans cette logique, point de geste ni de temps fondateur, point de m\u00e9canisme instaurateur h\u00e9t\u00e9ronome. Faut-il plut\u00f4t, avec la th\u00e9ologie, selon la formule de Thomas d\u2019Aquin&nbsp;\u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Jesus Christus instituit Ecclesiam<\/em>&nbsp;\u2013, tabler sur un acte instituant qui a donn\u00e9 vie et voix \u00e0 une bonne parole \u00e0 diffuser sous l\u2019autorit\u00e9 de ministres ordonn\u00e9s&nbsp;? Faut-il, enfin, avec le droit, concevoir l\u2019institution comme une construction par d\u00e9finition h\u00e9t\u00e9ronome supposant l\u2019intervention d\u2019un fiat fondateur, mais d\u2019une h\u00e9t\u00e9ronomie purement juridique r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019arbitraire de r\u00e8gles fondatrices qui ne n\u00e9cessitent pas forc\u00e9ment de r\u00e9f\u00e9rent divin&nbsp;? Les effets de ces disputes disciplinaires sur l\u2019eccl\u00e9siologie ne sont pas minces si l\u2019on en juge par la fortune de la conception d\u2019une \u00e8re post-constantinienne propre \u00e0 introduire de l\u2019eschatologie dans une th\u00e9ologie de l\u2019institution travaill\u00e9e depuis toujours par la pl\u00e9nitude du sens qui ne sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me point de vue est celui de la logique qui am\u00e8ne les th\u00e9ologiens sur le terrain des sciences sociales. On ne pense pas simple- ment \u00e0 la fa\u00e7on dont les Lubac et Haubtmann ont cherch\u00e9 \u00e0 faire face aux sciences sociales naissantes dans le traitement int\u00e9ress\u00e9 et quelque peu orient\u00e9 des \u0153uvres de Comte et de Proudhon, comme si l\u2019histoire de cette gen\u00e8se pouvait permettre \u00e0 la th\u00e9ologie catholique de se recharger au miroir de syst\u00e8mes r\u00e9formateurs, eux-m\u00eames satur\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rences chr\u00e9tiennes[19]. On cherchera surtout \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 des cas originaux de passage entre th\u00e9ologie et sciences sociales, sans v\u00e9ritable rupture de fond, dont on peut, sur le terrain fran\u00e7ais, citer deux exemples paradigmatiques&nbsp;: Michel de Certeau et Edmond Ortigues[20].<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me et dernier point de vue retenu est celui des pratiques de l\u2019\u00e9tude de cas. Cas de partage cat\u00e9goriel, tout d\u2019abord, \u00e0 l\u2019exemple du&nbsp;\u00ab&nbsp;charisme&nbsp;\u00bb, cat\u00e9gorie endog\u00e8ne au christianisme (c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 Paul), exog\u00e8ne (c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 Sohm et Weber) ou mixte[21]&nbsp;? Cas de collusion disciplinaire aussi, \u00e0 l\u2019exemple des affinit\u00e9s \u00e9lectives entre eccl\u00e9siologie et sociologie, \u00e0 l\u2019enseigne de la religiologie de Durkheim dans laquelle Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert voyait \u00e0 juste titre un&nbsp;\u00ab&nbsp;implicite du catholicisme&nbsp;\u00bb[22]. Au titre des concurrences cat\u00e9gorielles qui sont au c\u0153ur des tensions entre th\u00e9ologie et sciences sociales, le colloque de novembre permettra d\u2019aborder d\u2019autres voies transdisciplinaires. Dans la perspective des formes de confrontations des sciences de la cit\u00e9 \u00e0 la th\u00e9ologie, on s\u2019int\u00e9ressera \u00e0 l\u2019eccl\u00e9siologie comme impens\u00e9 des sciences politiques et on tentera de mesurer l\u2019impact des questions de soci\u00e9t\u00e9 sur les renouvellements des fa\u00e7ons de faire de la th\u00e9ologie en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique et d\u2019anthropologie.<\/p>\n<h2>Pr\u00e9sentation du num\u00e9ro<\/h2>\n<p>Il est plus que temps d\u2019entrer dans le vif du dossier. Comme tel, il se propose d\u2019introduire au colloque, qui d\u00e9ploiera les trois dimensions que l\u2019on vient d\u2019exposer, la dimension institutionnelle de la th\u00e9ologie, le mouvement qui porte l\u2019une vers les autres, et des \u00e9tudes de cas traitant de cat\u00e9gories communes, ou des collusions. Sans vouloir s\u2019enfermer dans cette scansion, ce num\u00e9ro en pose la dynamique \u00e0 travers quatre articles. Alain Rauwel, professeur d\u2019histoire du Moyen \u00c2ge et membre du Centre d\u2019\u00e9tudes en sciences sociales du religieux (C\u00e9Sor, EHESS-CNRS), viendra ancrer les d\u00e9nominations des savoirs du religieux dans l\u2019histoire du modernisme. Il permettra de revenir sur les conflits de d\u00e9finition de la scientificit\u00e9 au sein de la th\u00e9ologie catholique \u00e0 l\u2019heure de la naissance des <em>RSR<\/em>. On verra ainsi s\u2019\u00e9noncer des crit\u00e8res pour des savoirs critiques du religieux dans notre contexte. Un second article, co\u00e9crit par le sociologue et l\u2019historien du catholicisme Jean-Marie Donegani et Philippe Portier, se devait de venir clarifier les modes d\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise, non seulement dans leur d\u00e9veloppement historique, mais en vue de donner \u00e0 lire l\u2019\u00e9volution, au sein m\u00eame de l\u2019\u00c9glise, de la compr\u00e9hension qu\u2019elle se fixe elle-m\u00eame de son p\u00e9rim\u00e8tre. Ce parcours est non seulement un antidote \u00e0 l\u2019illusion de la p\u00e9rennit\u00e9 des d\u00e9finitions que l\u2019\u00c9glise donne \u00e0 ce qui d\u00e9finit l\u2019identit\u00e9 de ses membres, mais il permet de comprendre \u00e0 partir de quelle position dans la soci\u00e9t\u00e9 elle entend, ou non, entrer en dialogue avec les sciences sociales. Quand le r\u00e9gime de chr\u00e9tient\u00e9 n\u2019est plus pertinent pour d\u00e9finir la place de l\u2019\u00c9glise dans la soci\u00e9t\u00e9, ou comme soci\u00e9t\u00e9, et lorsque la sociologie met \u00e0 jour ce qui s\u2019exp\u00e9rimente dans la vie concr\u00e8te de l\u2019\u00c9glise&nbsp;\u2013 pastoralement, dira-t-on&nbsp;\u2013 comme pluralisation interne du catholicisme, quels sont les mod\u00e8les dont l\u2019\u00c9glise dispose, ceux qu\u2019elle se forge, pour proposer (ou d\u00e9fendre) son rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, et ses modalit\u00e9s d\u2019affiliation? Le lecteur renouera sa r\u00e9flexion \u00e0 ce que les <em>RSR<\/em> ont d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 \u00e0 de multiples reprises, \u00e0 partir de la situation de diaspora du christianisme en r\u00e9gime de postmodernit\u00e9[23].<\/p>\n<p>Jean-Pascal Gay, historien de l\u2019\u00e9poque moderne, et membre de la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et \u00e9tudes religieuses de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain, soul\u00e8ve la question de l\u2019irr\u00e9solution des d\u00e9bats sur la place des sciences sociales en th\u00e9ologie. L\u2019hypoth\u00e8se soumise au d\u00e9bat, dans un article aux ar\u00eates saillantes, est que la permanence de ce d\u00e9bat et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019en sortir tiennent en bonne partie au d\u00e9ficit de prise en compte par la th\u00e9ologie de sa propre socialit\u00e9 et de son historicit\u00e9. Si la th\u00e9ologie catholique entrait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans une d\u00e9marche cri- tique vis-\u00e0-vis de sa propre histoire, ne la limitant pas \u00e0 l\u2019\u00e9tude de son autocompr\u00e9hension, mais \u00e0 l\u2019\u00e9tude de ce qu\u2019elle est, la pratique de la th\u00e9ologie pourrait en \u00eatre transform\u00e9e. Les r\u00e9cits d\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise et de la th\u00e9ologie informent la pratique actuelle de la th\u00e9ologie, dans le choix de ses questions et de ses corpus, et aveuglent les th\u00e9ologiens sur les dynamiques qui, dans cette histoire, ne rel\u00e8vent pas de la confrontation des id\u00e9es th\u00e9ologiques. En analysant la th\u00e9ologie en tant qu\u2019elle est \u00e9crite par un groupe social d\u00e9termin\u00e9, on se donnerait les moyens d\u2019en mesurer les effets sociaux. En se d\u00e9portant vers d\u2019autres traditions th\u00e9ologiques que celles de la francophonie, l\u2019article a le m\u00e9rite de mettre \u00e0 nu des questions et d\u2019ouvrir aux d\u00e9bats.<\/p>\n<p>Enfin, avant d\u2019en venir pendant le colloque \u00e0 l\u2019interrogation sur l\u2019acte th\u00e9ologique en lui-m\u00eame et son rapport aux sciences sociales, il fallait encore questionner ce qu\u2019on pourrait appeler la nature institutionnelle de la th\u00e9ologie. En quoi n\u2019est-elle pas que science eccl\u00e9siastique, ou discours d\u2019intellectuels organiques? La r\u00e9ponse est loin d\u2019aller de soi, comme le montrent les tentatives, plus ou moins r\u00e9centes, du magist\u00e8re romain de limiter les possibilit\u00e9s de recherches de la th\u00e9ologie. C\u2019est \u00e0 ce moment que r\u00e9appara\u00eet dans notre enqu\u00eate le premier terme du titre de notre revue. Que signifie ce pluriel et comment le penser au sein de la th\u00e9ologie? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, Christoph Theobald choisit de nous reconduire au moment conciliaire de recadrage de la th\u00e9ologie sur son objet principal, la R\u00e9v\u00e9lation comme venue du R\u00e8gne de Dieu, Celui-ci \u00e9tant entendu d\u2019abord comme sujet, et non comme l\u2019objet d\u2019une science. Cette op\u00e9ration d\u00e9centre l\u2019\u00c9glise, la dessaisit de l\u2019objet par lequel elle avait constitu\u00e9 son autorit\u00e9, pour la faire atterrir dans l\u2019histoire de la r\u00e9ception de cette&nbsp;\u00ab&nbsp;bonne nouvelle&nbsp;\u00bb de la venue de Dieu et de son attente eschatologique. Le gain de ce d\u00e9placement est de mettre au c\u0153ur de l\u2019acte th\u00e9ologique l\u2019historicit\u00e9 de la foi et la multiplicit\u00e9 de ses expressions \u00e0 quoi rien de ce qui appartient \u00e0 la vie eccl\u00e9siale ne peut \u00e9chapper. La fonction du th\u00e9ologien se situe d\u00e8s lors dans cette diversit\u00e9 au service de l\u2019unit\u00e9. Ainsi ce que sert le th\u00e9ologien n\u2019est pas d\u2019abord le maintien et la diffusion d\u2019une doctrine toujours d\u00e9j\u00e0 unifi\u00e9e, et anhistorique, mais bien ce qui permet, dans la multiplicit\u00e9 de l\u2019histoire, de rassembler les croyants dans la confession d\u2019un Unique Seigneur, dont l\u2019\u00e9v\u00e9nement salvifique se dessine dans le temps pr\u00e9sent et l\u2019avenir qu\u2019il ouvre. C\u2019est sur le fond de cette red\u00e9finition de la&nbsp;\u00ab&nbsp;configuration architecturale de la doctrine&nbsp;\u00bb que le principe institutionnel de la th\u00e9ologie peut \u00eatre clarifi\u00e9 et, partant, ses relations avec les sciences sociales. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la d\u00e9marche de Theobald est de pointer, de l\u2019int\u00e9rieur de la th\u00e9ologie, les raisons qui poussent \u00e0 s\u2019ouvrir aux sciences sociales afin de mettre en lumi\u00e8re la gratuit\u00e9 de l\u2019acte de foi, ne craignant plus d\u00e8s lors les regards ext\u00e9rieurs sur ses repr\u00e9sentations et ses rites, positions critiques qui fortifient la libert\u00e9 de la foi qui ne peut se confondre ni avec ses repr\u00e9sentations ni avec un savoir.<\/p>\n<p>On voit donc l\u2019importance que rev\u00eatent, dans chaque num\u00e9ro, nos bulletins, ouverts aux sciences sociales du religieux, ici avec le bulletin d\u2019histoire contemporaine du christianisme de Christian Sorrel, et celui d\u2019eccl\u00e9siologie de Jean-Fran\u00e7ois Chiron.<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, ce premier dossier ne fait qu\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres explorations et aux d\u00e9bats que le colloque des 14, 15 et 16 novembre 2024 offrira.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li>L\u00e9once de Grandmaison, liminaire, RSR, tome 1, 1er num\u00e9ro, 1910, p. 1-2. La revue, de 1910 \u00e0 2000, est consultable en ligne sur le site Gallica. Les num\u00e9ros ult\u00e9rieurs sont accessibles sur le site Cairn, gratuitement sauf pour les trois derniers tomes et celui en cours.<\/li>\n<li>Joseph Moingt,&nbsp;\u00ab&nbsp;Le m\u00e9tier de th\u00e9ologien&nbsp;\u00bb, entretien avec Patrick Goujon et \u00c9lodie Maurot, \u00c9tudes (avril 2016), p. 61-71. L\u2019article avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des 100 ans de Joseph Moingt. Moingt confiait plus loin que la revue ne fut pourtant jamais inqui\u00e9t\u00e9e officiellement. Le fait est \u00e0 remarquer tout autant que la libert\u00e9 de la recherche, et ce en comptant avec l\u2019int\u00e9riorisation du processus de censure.<\/li>\n<li>Il serait tr\u00e8s enrichissant de confronter le rapport de Moingt et de Beauchamp, collaborateur sur une longue p\u00e9riode au sein des <em>RSR<\/em>, aux sciences humaines, l\u2019un via son rapport \u00e0 l\u2019histoire, en particulier via sa christologie, l\u2019autre au regard de la psychanalyse et des sciences litt\u00e9raires. On s\u2019apercevrait non seulement des modalit\u00e9s contrast\u00e9es de leur rapport \u00e0 ces sciences ext\u00e9rieures \u00e0 la th\u00e9ologie mais aussi au positionnement de leur th\u00e9ologie respective quant \u00e0 la question du rapport critique aux \u00e9nonc\u00e9s dogmatiques. Leur diff\u00e9rend ne fait pas myst\u00e8re, mais peut-\u00eatre moins dans les termes d\u2019une opposition&nbsp;\u00ab&nbsp;conservateur\/progressiste&nbsp;\u00bb, comme le sous-entend lui-m\u00eame Moingt en renvoyant finalement \u00e0 une lecture politique de la th\u00e9ologie, dans l\u2019entretien d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, qu\u2019en raison d\u2019une conception de l\u2019unit\u00e9, et des relations de l\u2019Un avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicalement diff\u00e9rente. On ne pourrait en effet nier que Beauchamp ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re&nbsp;\u00ab&nbsp;progressiste&nbsp;\u00bb, en faisant entrer le loup de la psychanalyse dans la bergerie de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se.<\/li>\n<li>Il nous faudrait une histoire de la censure th\u00e9ologique depuis Vatican II, con\u00e7ue selon les r\u00e8gles de l\u2019historiographie contemporaine. On se reportera aux travaux de Bruno Neveu consacr\u00e9s d\u2019abord \u00e0 Le Nain de Tillemont et \u00e0 la mani\u00e8re dont censure religieuse et politique s\u2019entretissent, mais aussi \u00e0 son histoire des facult\u00e9s de th\u00e9ologie en France au XIXe si\u00e8cle&nbsp;: Bruno Neveu, L\u2019erreur et son juge. Remarques sur les censures doctrinales \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, Albin Michel, Paris, 1993&nbsp;; Les facult\u00e9s de th\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 de France (1808-1885), Klincksieck, Paris, 1998.<\/li>\n<li>Fr\u00e9d\u00e9ric Gabriel, Dominique Iogna-Prat, Alain Rauwel (dir.), Dictionnaire critique de l\u2019\u00c9glise, PUF, Paris, 2023.<\/li>\n<li>Olivier Boulnois, Le D\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9. Vie et destin de la th\u00e9ologie comme science d\u2019Aristote \u00e0 Galil\u00e9e, PUF, Paris, 2022.<\/li>\n<li>Henri Desroche,&nbsp;\u00ab&nbsp;Introduction&nbsp;\u00bb \u00e0 Henri de Saint-Simon, Le Nouveau christianisme et les \u00e9crits sur la religion, Seuil, Paris, 1969, p. 42.<\/li>\n<li>Lettre apostolique de Paul VI au cardinal Roy (<em>Octogesima adveniens<\/em>), 14 mai 1971&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;\u2026la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9thodologique et l\u2019a priori id\u00e9ologique les [= sciences humaines] conduisent sou- vent \u00e0 isoler, \u00e0 travers les situations vari\u00e9es, certains aspects de l\u2019homme et \u00e0 leur donner pour- tant une explication qui pr\u00e9tend \u00eatre globale, ou du moins une interpr\u00e9tation qui se voudrait totalisante \u00e0 partir d\u2019un point de vue purement quantitatif ou ph\u00e9nom\u00e9nologiste. Cette r\u00e9duc- tion&nbsp;\u201cscientifique\u201d trahit une pr\u00e9tention dangereuse. Privil\u00e9gier ainsi tel aspect de l\u2019analyse, c\u2019est mutiler l\u2019homme et, sous les apparences d\u2019un processus scientifique, se rendre incapable de le comprendre dans sa totalit\u00e9 [\u2026] Le soup\u00e7on des sciences humaines atteint le chr\u00e9tien plus que d\u2019autres, mais ne le trouve pas d\u00e9sarm\u00e9. Car nous l\u2019\u00e9crivions nous-m\u00eames dans <em>Populorum progressio<\/em> [\u2026] l\u2019\u00c9glise leur propose ce qu\u2019elle poss\u00e8de en propre&nbsp;: une vision globale de l\u2019homme et de l\u2019humanit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<li>Gerhard Ebeling, Studium der Theologie. Eine enzyklop\u00e4dische Orientierung [1975], Mohr Siebeck, T\u00fcbingen, 2012&nbsp;; sur Ebeling&nbsp;: Albrecht Beutel, Gerhard Ebeling. Eine Biographie, Mohr Siebeck, T\u00fcbingen, 2012.<\/li>\n<li>Carlos Alvarez, Henri de Lubac et Michel de Certeau. Le d\u00e9bat entre th\u00e9ologie et sciences humaines au regard de la mystique et de l\u2019histoire, \u00c9d. du Cerf, Paris, 2024.<\/li>\n<li>Yves Congar,&nbsp;\u00ab&nbsp;\u201cNovo et miro vocabulo et theologico\u201d. Luther r\u00e9formateur de la th\u00e9ologie&nbsp;\u00bb, Revue d\u2019histoire et de philosophie religieuses 63\/1-2 (janv.-juin 1983), p. 7-15&nbsp;; Philippe B\u00fcttgen, Luther et la philosophie, \u00c9ditions de l\u2019EHESS, Paris, 2011.<\/li>\n<li>Sur la pr\u00e9histoire morale et politique des sciences sociales&nbsp;: Julien Vincent,&nbsp;\u00ab&nbsp;Les&nbsp;\u201csciences morales\u201d&nbsp;: de la gloire \u00e0 l\u2019oubli&nbsp;? Savoirs et politique en Europe au XIXe si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, La Revue pour l\u2019histoire du CNRS 18 (2007)&nbsp;: https:\/\/histoire-cnrs.revues.org\/4551<\/li>\n<li>Pour une approche synth\u00e9tique de cette question de confrontation des savoirs&nbsp;: Marc Vial,&nbsp;\u00ab&nbsp;Savoirs&nbsp;\u00bb, dans Fr\u00e9d\u00e9ric Gabriel, Dominique Iogna-Prat, Alain Rauwel (dir.), Dictionnaire critique de l\u2019\u00c9glise, op. cit., p. 977-987.<\/li>\n<li>Jacques et Ra\u00efssa Maritain, \u0152uvres compl\u00e8tes IV, \u00c9ditions Saint-Paul\/\u00c9ditions universitaires, Paris\/Fribourg, 1984, p. 750-751 et 763-764.<\/li>\n<li>Karl Rahner,&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise d\u2019apr\u00e8s la doctrine de l\u2019encyclique Mystici corporis Christi&nbsp;\u00bb [1947], dans Id., L\u2019\u00c9glise face aux d\u00e9fis de notre temps. \u00c9tudes sur l\u2019eccl\u00e9siologie et l\u2019existence eccl\u00e9siale, \u00e9d. Christoph Theobald, \u0152uvres 10, \u00c9d. du Cerf, Paris, 2016 p. 39-134&nbsp;;&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019interpr\u00e9tation th\u00e9ologique de la situation du chr\u00e9tien dans le monde moderne&nbsp;\u00bb [1954], ibid., p. 357-394.<\/li>\n<li>Jacques Lagroye, Appartenir \u00e0 une institution. Catholique en France aujourd\u2019hui, Economica, Paris, 2009.<\/li>\n<li>\u00c9mile Durkheim, Les Formes \u00e9l\u00e9mentaires de la vie religieuse [1912], \u0152uvres I, \u00e9d. Myron Achimastos, Classiques Garnier, Paris, 2015, p. 91.<\/li>\n<li>Marcel Mauss et Paul Fauconnet,&nbsp;\u00ab&nbsp;La sociologie, objet et m\u00e9thode&nbsp;\u00bb, dans Marcellin Berthelot et alii (dir.), La Grande Encyclop\u00e9die. Inventaire raisonn\u00e9 de sciences, des lettres et des arts, 30, Paris, 1901, p. 165-176 (p. 168).<\/li>\n<li>Henri de Lubac, Proudhon et le christianisme, Seuil, Paris, 1945&nbsp;; Id., Le Drame de l\u2019huma- nisme ath\u00e9e [1944], \u0152uvres compl\u00e8tes II, 2e partie&nbsp;\u00ab&nbsp;Auguste Comte et le christianisme&nbsp;\u00bb, \u00c9d. du Cerf, Paris, 1998&nbsp;; pour une premi\u00e8re approche de la vie et de l\u2019\u0153uvre peu \u00e9tudi\u00e9es d\u2019Haubtmann, entre ses nombreuses \u00e9tudes sur Proudhon et son engagement conciliaire&nbsp;: Philippe Bordeyne,&nbsp;\u00ab&nbsp;Mgr Pierre Haubtmann (1912-1971)&nbsp;: un th\u00e9ologien de la communication de la foi&nbsp;\u00bb, Transversalit\u00e9s 116\/4 (2010), p. 127-149.<\/li>\n<li>Carlos Alvarez, Henri de Lubac et Michel de Certeau, op. cit.&nbsp;; on trouvera une bonne introduction \u00e0 ce passeur de fronti\u00e8res qu\u2019a \u00e9t\u00e9 Edmond Ortigues dans les Archives de sciences sociales des religions 173 (2016).<\/li>\n<li>Rudolph Sohm, Kirchenrecht, Leipzig, 1892&nbsp;; Max Weber, \u00c9conomie et soci\u00e9t\u00e9, I. Les cat\u00e9gories de la sociologie [1922], Paris 2003 [Soziologie. Max Webers Gesamtausgabe, I\/23, T\u00fcbingen, 2013]&nbsp;; Agn\u00e8s Desmazi\u00e8res,&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de Dieu dans l\u2019ordinaire de la vie chr\u00e9tienne&nbsp;: les charismes au service d\u2019une \u00c9glise synodale&nbsp;\u00bb, RSR 110\/2 (2022), p. 235-253.<\/li>\n<li>Fran\u00e7ois-Andr\u00e9 Isambert, Le Sens du sacr\u00e9. F\u00eate et religion populaire, Les \u00c9ditions de Minuit, Paris, 1982, p. 266-270 (p. 267)&nbsp;; sur les rapports eccl\u00e9siologie\/sociologie, nous nous permet- tons de renvoyer \u00e0 Dominique Iogna-Prat,&nbsp;\u00ab&nbsp;Un Moyen \u00c2ge de modernes&nbsp;: eccl\u00e9siologie et sociologie&nbsp;\u00bb, Le Moyen \u00c2ge des sciences sociales, Revue d\u2019histoire des sciences humaines 43 (2023), p. 49-67.<\/li>\n<li>Une r\u00e9flexion s\u2019\u00e9tait ainsi nou\u00e9e entre la sociologue Dani\u00e8le Hervieu-L\u00e9ger et le th\u00e9ologien Christoph Theobald, en 2019, \u00e0 partir du texte de Karl Rahner de 1954, introduisant la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00c9glise en diaspora&nbsp;\u00bb. Voir le dossier Faire de la th\u00e9ologie dans un christianisme diasporique, RSR 107\/3 (2019).<\/li>\n<\/ol>\n<div id=\"ConnectiveDocSignExtentionInstalled\" data-extension-version=\"1.0.4\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore&nbsp;?, se plaindront certains. Enfin&nbsp;!, soupireront d\u2019autres. S\u2019interroger sur les rapports entre la th\u00e9ologie et les sciences sociales ne cesse d\u2019ouvrir de nouveaux d\u00e9bats, \u00e0 moins que ce ne soit le m\u00eame qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommenc\u00e9e&nbsp;? Ce trouble pourrait bien \u00eatre le sympt\u00f4me d\u2019une ind\u00e9cision chronique de la th\u00e9ologie, du moins dans le catholicisme romain, \u00e0 prendre parti pour l\u2019historicit\u00e9 de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la th\u00e9ologie ne pourrait se d\u00e9cider quant aux relations qu\u2019elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l\u2019homme et de la soci\u00e9t\u00e9, quels que soient les qualificatifs retenus&nbsp;: sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;humaines&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fran\u00e7aise, ou sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;sociales&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019anglaise. La th\u00e9ologie ne ferait qu\u2019instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou l\u00e0 de donn\u00e9es qu\u2019elle emprunte \u00e0 la sociologie, \u00e0 l\u2019histoire ou \u00e0 l\u2019anthropologie. \u00c0 moins qu\u2019elle ne recycle certains de ses concepts. 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Enfin&nbsp;!, soupireront d\u2019autres. S\u2019interroger sur les rapports entre la th\u00e9ologie et les sciences sociales ne cesse d\u2019ouvrir de nouveaux d\u00e9bats, \u00e0 moins que ce ne soit le m\u00eame qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommenc\u00e9e&nbsp;? Ce trouble pourrait bien \u00eatre le sympt\u00f4me d\u2019une ind\u00e9cision chronique de la th\u00e9ologie, du moins dans le catholicisme romain, \u00e0 prendre parti pour l\u2019historicit\u00e9 de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la th\u00e9ologie ne pourrait se d\u00e9cider quant aux relations qu\u2019elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l\u2019homme et de la soci\u00e9t\u00e9, quels que soient les qualificatifs retenus&nbsp;: sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;humaines&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fran\u00e7aise, ou sciences&nbsp;\u00ab&nbsp;sociales&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019anglaise. La th\u00e9ologie ne ferait qu\u2019instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou l\u00e0 de donn\u00e9es qu\u2019elle emprunte \u00e0 la sociologie, \u00e0 l\u2019histoire ou \u00e0 l\u2019anthropologie. \u00c0 moins qu\u2019elle ne recycle certains de ses concepts. 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